Intégrales Productions, en Syrie

 

alep_integrales_productionsA notre arrivée à Alep, en septembre dernier, la ville donnait déjà l’impression d’un champ de ruines. Pour accéder à la cité millénaire, pas d’autre alternative que d’emprunter le poste frontière de Kilis, dans le sud de la Turquie, passage obligé pour rejoindre le village d’Azaz, sous contrôle rebelle depuis le 19 juillet.

Est-il nécessaire de préciser que les rares journalistes autorisés par le régime à se rendre en Syrie, en plus de 19 mois d’un conflit larvé, n’ont jamais vraiment été en mesure de travailler dans des conditions acceptables, et que certains ont même payé de leur vie la possibilité qui leur était soudainement offerte de couvrir cette guerre devenue plus que jamais médiatique. Non autorisés à nous rendre sur place, ne restait pour nous que l’alternative des rebelles, qui depuis quelques mois avaient réussi à prendre le contrôle de différents postes frontières stratégiques situés côté syrien.

Fondamentalement opposés à l’idée de couvrir la guerre syrienne « sous assistance » officielle, le corollaire consistant à être chapeautés en permanence par des rebelles était également en soi inacceptable. Pas question en particulier d’attirer l’attention sur le moindre de nos déplacements : la discrétion constitue un élément majeur pouvant contribuer à notre « survie » dans ces zones de risque. C’est donc avec l’aide d’un « stringer » local et d’un chauffeur que François Berthaut, caméraman-monteur, et moi-même avons été en mesure de réaliser nos différents reportages.

Il faut ajouter aussi que, dès les premières heures de ce conflit que nous suivions de très près depuis longtemps, nos demandes officielles de visas avaient toutes été systématiquement refusées. La première formulée en avril 2011, qui était sur le point d’aboutir avec le soutien d’un contact sur place, s’est malheureusement soldée par un échec à la toute dernière minute : Homs, à ce moment précis du conflit, commençait tout juste à faire l’objet de bombardements.

Alep, ville fantôme : s’il ne fallait retenir qu’une seule image de la cité, ce serait sans le degré de destruction dans lequel elle a basculé, surtout dans la partie contrôlée par les rebelles de « l’armée syrienne libre », qui subit des bombardements quotidiens. Dans les quartiers de Hanano et Tarik el-Bab où nous avons passé la majeure partie de notre temps, la menace venait surtout du ciel : un ballet permanent d’avions de combat et d’hélicoptères, au milieu des décombres. L’indifférence au danger y semblait collective, notamment chez les plus jeunes qui n’hésitaient pas à se dresser au milieu des faubourgs alors que les avions de chasse larguaient leurs projectiles sous nos yeux. C’est dans ce secteur, et dans un lieu tenu dans le plus grand secret, que nous avons eu la possibilité de rencontrer le chef de la brigade al-Tawhid, qui revendique plus de 8.000 combattants et fait office de plus importante en terme d’effectif sur Alep et l’ensemble de sa région.

L’entretien réalisé un jour de semaine dans le sous-sol d’une ancienne administration a été diffusé le lendemain sur l’antenne d’euronews. Le jour suivant, le bâtiment a été pilonné pendant de nombreuses heures par les avions du régime syrien. Coïncidence ?

IMG_2364Il en va de même du reportage que nous avions réalisé le premier jour dans les locaux de l’hôpital Dar al-Chifa, situé en zone rebelle, le seul à venir porter assistanceaux blessés de la guerre, civils pour la plupart. Moins de 24 heures après la diffusion de notre sujet, 2 bombes ont été larguées au pied de l’édifice. A 5 minutes près, le véhicule qui nous transportait serait parti en éclats, et nous avec.

Dernière coïncidence pour le moins troublante, cette fois à Marea, non loin d’Alep  : lors de notre premier passage, nous avions arpenté la bourgade de long en large, et rencontré notamment le directeur de l’école élémentaire très affairé en vue de la rentrée scolaire. Le lendemain matin, quelques minutes avant 7 heures, l’école a été entièrement bombardée. Des enfants auraient pu se trouver à l’intérieur…

Autant d’éléments nous permettant de penser que notre présence était évidemment connue des autorités et que celles-ci se sont montrées expressément menaçantes à note égard, quitte pour cela à faire courir un danger réel aux populations que nous avons rencontrées. Ce que nous souhaitions évidemment éviter à tout prix.

 

Syrie, interview exclusive du chef des rebelles d’Alep, diffusée sur euronews :

24 heures à Alep, reportage exclusif à Alep (12m13) diffusé sur euronews :

Bandes annonces : 24 heures à Alep :

     

La BBC dans son émission « World Have your say » – reçoit des journalistes revenant d’Alep, Farouk Atig prend part aux débats :

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