Farce à l’irakienne : Nadir Dendoune empêché de quitter Bagdad

23 journées à croupir derrière des barreaux dans une geôle irakienne, une libération annoncée il y a deux semaines, et au final une bien belle désillusion pour Nadir Dendoune et ses proches.

Le journaliste français avait été arrêté à Bagdad le 23 janvier aux abords d’une usine de traitement des eaux dans le sud de la capitale irakienne. Les autorités locales lui reprochaient d’avoir photographié sans autorisation plusieurs sites sensibles de la capitale irakienne (dont le quartier général des services du renseignement), alors que celui-ci était pourtant muni d’une accréditation dûment délivrée par l’ambassade irakienne de France, pour le compte du mensuel français le Monde diplomatique.

Libéré le 14 février contre une caution de 10 millions de dinars irakiens (6500 euros), Nadir Dendoune était sur le point de prendre place ce vendredi à bord d’un avion en direction de Paris. Mais au moment d’embarquer et après avoir franchi tous les contrôles en présence notamment de l’ambassadeur de France en Irak, les autorités irakiennes lui ont refusé l’accès à bord.

Motif invoqué ? Son visa a expiré.

Entretien avec Emilie Raffoul, journaliste et productrice, membre du comité de soutien de Nadir Dendoune.

Audio :

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Farouk Atig : Emilie Raffoul, vous êtes une proche de Nadir Dendoune et membre de son comité de soutien. Le journaliste français arrêté en Irak en janvier a passé trois semaines en prison avant d’être relâché le 14 février. Il devait prendre place à bord d’un avion en direction de Paris ce vendredi et a finalement été empêché d’embarquer pour la raison suivante : son visa est arrivé à expiration. Est-ce que tout cela ne s’apparente pas à une farce ?

Emilie Raffoul, journaliste, membre du comité de soutien de Nadir Dendoune : Oui absolument. Cela ressemble à une farce, et de très mauvais goût évidemment. Je voudrais juste faire l’historique rapidement. Il a passé 23 jours en prison, cela fait plus de quinze jours qu’il est dehors, près d’une semaine que son dossier judiciaire a été classé. C’est donc clair et net et transparent qu’il a séjourné en prison pour rien. Et on se retrouve avec les papiers, le passeport, le consul australien et l’ambassadeur de France, on le laisse passer les contrôles, il arrive près de l’avion et au final on l’arrête. Donc c’est incompréhensible, disons que c’est kafkaïen ou une mauvaise blague, en tous cas moi c’est une langue que je ne comprends pas, je n’ai pas le dictionnaire pour la comprendre. Cela fait plus d’un mois et demi qu’il est coincé dans ce pays pour rien, enfin pour rien, pour avoir fait son métier de journaliste,  donc c’est absolument insupportable. Alors que maintenant on arrive avec l’argument de dire que son visa est expiré et pour cause, vu qu’il a été placé vingt-trois jours en prison pour rien, que voulez-vous que je vous dise ? On grince des dents, on arrive pas à le croire.

F.A : Que pensez-vous à ce sujet ? Est-ce que tout cela cache quelque chose au-delà des arguments purement administratifs apportés alors que comme vous venez de le dire, les autorités sont parfaitement conscientes que l’expiration de son visa est due à son incarcération ?

Emilie Raffoul : La situation irakienne est particulièrement complexe, c’est un pays qui est censé se reconstruire, moi je ne peux que remarquer les faits. C’est-à-dire qu’il a été pris et jeté en prison, et que quand on l’a ressorti vingt-trois jours plus tard, on a découvert malgré les interventions de tous, que son dossier était vide et qu’il n’avait absolument rien fait de mal. Donc, que cela prenne autant de temps pour que le juge accepte d’ouvrir les portes et de le faire sortir, c’est que des choses nous échappent. Je ne comprends pas comment marche ce pays. Est-ce que c’est la bureaucratie, un déplacement des services ? Je ne sais pas ce qui se passe. Toujours est-il que 10 ans après l’invasion de l’Irak, le pays n’a pas l’air de rouler comme il faut, c’est clair.

F.A : Et je rappelle à ce sujet que l’Irak est classé au 150ème rang en matière de liberté de la presse selon un rapport de RSF (Reporters sans frontières), ce qui n’en fait pas un exemple en la matière. Nous avons tenté de l’appeler sur son portable, mais sans succès. Avez-vous pu lui parler un moment ?

Emilie Raffoul : On a échangé très brièvement, il est calme. Que voulez-vous qu’il fasse ? Il est très calme, il est retourné dans les bâtiments de l’ambassade de France. Il va attendre, mais il faut qu’il soit dans un avion pour la France dans les 48 heures, ce n’est plus acceptable.

F.A : Avez-vous pu être en contact avec quelqu’un à la chancellerie française pour avoir plus d’informations sur ce qui pourrait advenir dans les prochaines heures ?

Emilie Raffoul : Je ne connais pas très bien l’arsenal diplomatique, je pense que, ne serait-ce que de voir la situation qui consiste à voir un ambassadeur se déplacer pour ensuite repartir bredouille, je ne vois pas comment le Quai d’Orsay peut accepter ce genre de choses avec le sourire. Donc j’imagine qu’il doit y avoir très certainement des prises de contacts un peu tendues. Mais dans le détail, je ne peux pas vous le dire.

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