Le prochain pape sera-t-il gay ?

Reconnaissons-le, la rumeur véhiculée le 21 février dernier par la quotidien la Reppublica (en italien) et selon laquelle la décision du souverain Pontife de renoncer à sa charge aurait été précipitée, voire provoquée, par le possible chantage d’un lobby gay au sein de la Curie, relevait très probablement de la pure fantaisie. Mais derrière ce sombre écran de fumée se cache pourtant une vérité qui n’est pas bonne à entendre au Vatican : les hommes qui embrassent des hommes embrassent parfois aussi des évêques, voire des Papes, quand il ne sont pas parfois eux-mêmes prêtres, évêques ou Papes. Sans que tout cela ne fasse toutefois l’objet de brimades ou de poursuites.

Raison pour laquelle nous avons souhaité interroger un haut dignitaire français de l’église catholique, au moment où près de 115 cardinaux réunis au Vatican, dans la Chapelle Sixtine, s’apprêtent à désigner le futur Pape. Au premier rang duquel Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, qui participe lui aussi au conclave, mais n’a pas souhaité répondre favorablement à notre demande d’entretien.

Très populaire auprès des Français, Guy Gilbert, a accepté de jouer le jeu. Agé de 77 ans, le Curé des loubards a rencontré le Pape à 2 reprises et nous livre son interprétation. Entretien.

audio :

Farouk Atig : Guy Gilbert, merci d’être avec nous. Tu es un homme d’église bien connu des Français, également éducateur et auteur de nombreux livres. L’église est dans tous ses états depuis la renonciation surprise de Benoit XVI qui a pris tout le monde de court. Sa succession devrait avoir lieu très bientôt, à priori avant Pâques et pour l’heure, le conclave qui doit démarrer dans une semaine est très ouvert et il n’y a pas de consensus sur un nom. Mais celui de successeurs probables circulent déjà comme celui de l’Italien Angelo Scola, du Canadien Marc Ouellet, voire du Ghanéen Peter Turkson qui deviendrait du coup le premier pape noir de l’histoire. Qu’en penses-tu ?

Guy Gilbert : Je pense que les prospectives que vous avez seront déjouées par l’Esprit saint le jour de l’annonce d’un Pape. Sache une chose, c’est que nous disons « ce n’est pas l’élection de Nicolas contre Hollande ». Ce n’est pas une élection normale, c’est une élection secrète -116 personnes qui élisent- et nous pensons, nous Chrétiens, que l’Esprit saint aide au choix. Par exemple, pour Jean XXIII, il y avait des dissensions dans le milieu des Cardinaux, ils n’arrivaient pas à trouver un consensus, et puis ils ont pris un pauvre type, ils ont pris Jean XXIII, un outsider. Et il est devenu un très grand Pape. Alors n’oubliez pas que l’Esprit saint veille au grain, c’est une liturgie humaine, mais en même temps divine.

F.A : Mais tu as tes favoris malgré tout, non ?

Guy Gilbert : Il peut y avoir des favoris, mon vieux. Comme dans toute élection -c’est une élection spéciale- il y a peut-être des favoris mais on peut peut-être tomber sur un Cardinal qui n’a pas du tout été avancé.

F.A : Cette nomination à venir intervient dans un contexte assez difficile pour l’église, avec des scandales à répétition, notamment celui de la pédophilie, avec lequel Benoit XVI a eu bien du mal à se dépatouiller. Est-ce que cela ne signifie pas justement qu’une réforme de l’église est nécessaire après tous les scandales qui l’ont émaillée ?

Guy Gilbert : Benoit XVI amis les points sur les i, en disant « le mal ce n’est pas les médias qui cherchent l’église au niveau de la pédophilie, mais c’est un mal qui se trouve dans l’église ». Et il a donné des principes très importants pour que cette chose disparaisse, puisque l’église pendant des années couvrait ces affaires là. Et lui a dit : « On ne couvre plus rien. Nous disons la vérité et nous inculpons les prêtres qui touchent des gosses, nous les inculpons et nous les faisons inculper par la justice humaine ». Ils ne passaient pas par la justice humaine avant, ils passaient par des magouilles d’église, etc.

F.A : Mais n’est-ce pas pour toi un révélateur, toi qui est favorable au mariage des prêtres, est-ce que la réforme en question ne pourrait pas commencer par ça peut-être ?

Guy Gilbert : Ne disons pas le mariage des prêtres, disons plutôt des hommes mariés qui puissent être prêtres. L’église peut le faire, ça se fait en Egypte par exemple. L’église peut le faire. Mais le célibat restera un trésor pour l’église, à condition qu’on donne la chance au célibat. Le don de soi-même total au service des autres est une merveille dans l’église que l’église gardera, mais elle peut faire des hommes mariés prêtres et des célibataires qui décident de l’être. L’église peut évoluer dans ce sens-là.

F.A : Il y a eu des rumeurs véhiculés par la presse italienne faisant étant d’un lobby gay au sein de l’église qui pourrait, peut-être, avoir précipité le départ de Benoit 16 ? Qu’en penses-tu ?

Guy Gilbert : J’en pense rien parce que c’est des ragots de journalistes qui peuvent être vrais ou pas vrais. Et actuellement tous les interviews que je donne portent uniquement sur la sexualité. Voilà, uniquement sur les scandales sexuels. Ce qui est important c’est que -je l’espère- l’église ait mis un frein -j’espère définitif- à la pédophilie, mais on peut parler d’autre chose parce que le Pape il a pensé résoudre ce problème, mais il y a d’autres choses. Moi tu sais, j’ai rencontré Benoit XVI -qui a été formidable- deux fois. Et je lui ai dit la deuxième fois -il était émerveillé, j’ai vu son regard- je lui ai dit : « Père, c’est magnifique que tu ais été dans la mosquée d’Istanbul prier secrètement, pour être avec nos frères et nos sœurs musulmans. Voilà, ça c’est important, très important. Ce qu’il a fait pour les Juifs et les Musulmans était très important.

F.A : Il a aussi été l’auteur de commentaires douteux ou en tous cas controversés sur l’Islam à certains moments.

Guy Gilbert : Oui, il avait fait une connerie à Ratisbonne, en citant un auteur d’il y a 500 ans je crois, et en disant que cet auteur était violent. Il aurait jamais du faire cette connerie énorme. Il aurait jamais dû faire ça. Mais 138 muftis ont écrit une lettre à Benoit XVI aussitôt en disant qu’ils étaient scandalisés par ça et Benoit XVI, très peu de temps après, s’est excusé et est allé à la mosquée d’Istanbul pour prier, en plein cœur de l’Islam. Ça c’est très important.

F.A : Ton style est plutôt à part au sein de l’église, et il y aussi ton engagement auprès des jeunes, mais tu t’es aussi déclaré opposé à l’avortement et au mariage pour tous, pourquoi ?

Guy Gilbert : Le Christ a dit : « Vous n’êtes pas du monde, vous êtes dans le monde ».  L’église pense que l’enfant déjà formé ne peut pas être avorté, c’est une personne humaine, c’est inestimable, et là-dessus je suis d’accord. Moi je précise qu’en cas de viol, l’église la ferme. Parce que si la personne veut se faire avorter en cas de viol, elle risque de se suicider, et de tuer son gosse. Nous ne disons rien, nous ne prenons pas de mesures, ça c’est gravissime. Personnellement, il y avait une fille un jour qui est venue et qui m’a dit : « J’ai enfant, je me suis fait violer, je ne veux pas me faire avorter et je ne veux pas de ce gosse ». J’ai dit « donne-moi ton gosse ». Six mois plus tard, elle m’a emmené dans mon lit son bébé en me disant « elle est à toi ». Voilà, il y a quand même des formes autres que l’avortement dans des cas d’espèces.

F.A : On parle beaucoup de la possibilité -même si peu de gens y croient- d’un Pape noir. Et si le prochain pape était gay ?

Guy Gilbert : Alors là mon vieux, ce serait impossible que l’église incarne un vieux, impossible, impossible, impossible. Je suis contre le mariage pour tous, parce que je dis qu’on aurait dû donner une charte pour les homosexuels qu’il faut respecter, il faut n’avoir aucune homophobie. Et donner une union civile à des gens qui veulent vivre ensemble, et leur donner tous les droits que les couples hétérosexuels ont, c’est-à-dire le droit d’hériter, etc. Chose que le PACS n’a pas donné.

 

 

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