Marine Le Pen : « l’Union européenne est comme l’Union soviétique »

Deuxième femme politique préférée des Français selon un sondage réalisé par le JDD, la présidente du Front national juge cette position insuffisante au point de revendiquer la première que lui ravit la directrice générale du FMI, qu’elle qualifie « d’apatride ». Pour elle, Christine Lagarde est hors course de facto, dans la mesure où celle-ci n’exerce plus actuellement d’activité politique sur le plan national. Plus que jamais anti-européenne, la patronne du FN surfe donc sur cette vague pour exiger l’organisation d’un référendum sur le maintien de la France dans l’Union européenne. Entretien.

Marine Le Pen, présidente du Front national

audio :

Farouk Atig : Marine Le Pen, merci d’être avec nous, vous êtes la présidente du Front national. Vous avez demandé le week-end dernier à François Hollande, tout à fait officiellement, d’organiser un référendum sur le maintien de la France dans l’Union européenne. Pourquoi ?

Marine Le Pen, présidente du Front national : Parce que je pense aujourd’hui qu’en 2014 nous allons être à la croisée des chemins, que le temps s’accélère, et que les conséquences dramatiques d’un certain nombre de politiques de l’Union européenne vont hélas donner leur pleine mesure. C’est ainsi que dès 2014, la Bulgarie et la Roumanie entreront comme membres à part entière de l’Union européenne, c’est-à-dire que les Roumains et les Bulgares pourront venir travailler dans tous les métiers et dans l’ensemble des pays de l’Union européenne. C’est en janvier 2014 que la Loi de finance marquera la vitesse de croisière de l’austérité qui va être mise en place, notamment en France. C’est à ce moment-là que l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis -qui représente un risque majeur pour notre agriculture- risque d’être entériné. Donc je crois que les Français qui n’ont pas été écoutés en 2005 sur l’Union européenne doivent aujourd’hui pouvoir exprimer leurs pensées et dire si la balance est négative ou positive de notre présence dans l’Union européenne, c’est un problème simple de démocratie.

F.A : La position du Front national en mars 2013 par rapport à l’Union européenne se situe où concrètement ?

Marine Le Pen : Moi je vais vous dire clairement : je pense que l’Union européenne est comme l’Union soviétique, elle n’est pas réformable. Je pense qu’elle est une prison des peuples qui s’est construite progressivement sans les peuples, puis contre les peuples. Que les politiques économiques qu’elle met en œuvre sont des politiques destructrices de notre prospérité, de notre croissance. Et que l’incapacité qu’elle a à protéger les peuples européens leur fait vivre de graves périls. Par conséquent, il existe aujourd’hui des intérêts vitaux que les peuples européens doivent être capables de défendre, et ils ne peuvent le faire que dans le cadre d’un référendum où ou l’on permettrait d’exprimer leurs sentiments à l’égard de l’Union européenne. Si le gouvernement se refuse à donner la parole au peuple, les élections européennes dans l’ensemble de l’Europe devront être analysées et considérées comme un véritable référendum.

F.A : Question de politique intérieure, Marine Le Pen. Vous n’êtes pas sans savoir que les deux chefs de l’exécutif sont au plus bas dans les sondages. Qu’est-ce que cela indique à votre avis ?

Marine Le Pen : C’est un indicateur de l’absence totale de confiance dans les mesures qui sont pratiquées par le gouvernement. Je pense qu’une partie de l’électorat pensait que François Hollande allait réorienter totalement la politique de Nicolas Sarkozy, or il se contente de l’aggraver, de la continuer. Il est en réalité le chef d’un gouvernement technique qui a reçu sa feuille de route de l’Union européenne et qui l’applique avec -il faut bien le dire- une grande discipline. Donc cette rupture de confiance absolue dans une capacité d’amélioration de la situation des Français donne ces chiffres qui effectivement sont assez spectaculaires et qui n’ont aucune raison de remonter. Ca veut dire que des élections municipales vont arriver, des élections européennes vont arriver. Peut-être même aurons-nous une dissolution de l’Assemblée nationale après ces deux élections qui risquent de marquer une totale rupture, une franche rupture, avec la politique qui est menée par les socialistes.

F.A : Mais la situation que vous évoquez là -par exemple la dissolution de l’Assemblée- semble peu probable, dans la mesure où en face, l’opposition -UMP notamment- est totalement désunie puisque la guerre intestine qui oppose Jean-François Coppé et François Fillon n’est pas finie. Et le problème de direction n’est pas totalement résolu.

Marine Le Pen : Il n’y a pas d’opposition puisque l’UMP partage les vues du Parti socialiste sur l’Union européenne. Et c’est bien le problème. Et cela va entrainer, au mieux ce qui s’est passé en Italie, c’est-à-dire un brusque changement de majorité et l’expression d’une majorité assez brutalement eurosceptique et euro-critique. Et au pire ce qui s’est passé en Bulgarie. Car il s’est passé en Bulgarie des évènements extrêmement graves qui sont passés totalement inaperçus, où le gouvernement et le Parlement sont tombés en l’espace de 10 jours. Il y a eu là-bas une révolte des peuples face aux politiques d’austérité qui sont menées. Donc, nous sommes au-devant encore une fois de grands changements. Or il faut se souvenir encore une fois qu’en 2005, les Français avaient dit non au traité de Lisbonne, et on leur a imposé quand même. Je crois que c’est une faute de la part de l’UMP et du PS, une faute très lourde qui probablement les mènera au tribunal de l’histoire.

F.A : Vous étiez l’invitée il y a quelques jours de l’émission « Des paroles et des actes » sur France 2. En face de vous, il y avait Malek Boutih et Bruno Lemaire, qui étaient tous les deux plus ou moins offensifs quand même. Et vous, on a eu le sentiment que vous étiez presque en retrait. La presse papier s’en est d’ailleurs fait l’écho dès le lendemain. Et les quotidiens disaient plus ou moins la même chose. Sur la forme, vous n’étiez pas vraiment critiquée mais plutôt sur le fond. D’abord parce que visiblement vous n’arriviez pas à apporter des solutions, et on vous sentait aussi finalement comme, ou une candidate anti-système, ou alors cette présidente du Front national qui essaie toujours de dédiaboliser le parti. Vous en êtes où ?

Marine Le Pen : Disons que les commentaires qui sont effectués le sont par des gens qui sont des adversaires politiques. Sauf que tout montre l’inverse de ce sentiment. Les sondages, cotes de notoriété, le ressenti que nous avons sur le terrain, démontrent exactement le contraire du sentiment qui est exprimé par un certain nombre de journalistes du système. Car enfin, bien au contraire, plus les jours passent, plus la classe politique se rapproche -au moins dans les paroles- des solutions qui ont toujours été portées seul par le Front national. Qui a, seul, évoqué la nécessité d’une dévaluation face à une monnaie trop forte ? Le Front national. Aujourd’hui, tout le monde dit la même chose que lui. Qui a exigé un protectionnisme aux frontières ? Le Front national. Aujourd’hui rejoint par une partie de l’UMP et une partie du PS. Qui a dit que nous étions dans une situation dramatique d’aggravation de l’insécurité ? Le Front national. Et aujourd’hui le Parti socialiste devient sécuritaire. Donc, je crois qu’au contraire nous sommes le centre d’attraction de la vie politique parce qu’à un moment donné quand on est confronté au mur de la réalité -même quand on est à l’UMP et au PS- on est bien obligé d’admettre que l’on s’est trompé. Vous savez, je crois que le sentiment qui est celui des Français est radicalement différent de celui qui est exprimé par la caste. Et c’est la raison d’ailleurs pour laquelle il y a une absence totale du peuple français dans ses élites.

F.A : Ce que je voulais dire tout à l’heure, c’est qu’on a vous a connue plus coriace, plus offensive et ce n’est pas pour rien d’ailleurs que certains vous appellent l' »Arlette Laguiller version 2013″. Est-ce qu’il y a eu un changement de stratégie sur votre image personnelle ?

Marine Le Pen : Mais pas du tout. Il n’y a pas de changement de stratégie, je suis dans une situation différente d’il y a un an. J’ai réuni 20% des Français à l’élection présidentielle (plutôt 17,90% des suffrages, ndlr). Et encore une fois aujourd’hui, ce sont les paroles de mes adversaires qui presque poussent les électeurs vers moi, puisque eux-mêmes -sans même s’en rendre compte- finissent par développer les idées que je développe et que nous développons au Front national seuls, envers et contre tous, depuis bien longtemps. Quand hier soir sur BFM TV, j’ai un débat avec Monsieur Mariton de l’UMP, il suffit d’écouter Monsieur Mariton, je pouvais même me contenter de me taire. Car Monsieur Mariton est venu expliquer toutes les erreurs qui ont été celles de l’UMP. Le problème c’est que ces erreurs-là, il y a des gens qui en vivent les conséquences et qu’elles sont inadmissibles, contrairement à ce qu’il veut bien penser. Et je pense que touts ces erreurs accumulées depuis trente ans disqualifient ceux qui les ont commises.

F.A : Vous avez déclaré au cours des dernières 48 heures que la patronne du FMI ne réfléchissait plus « en fonction des intérêts nationaux ». Et vous l’avez concrètement qualifiée d' »apatride ».

Marine Le Pen : Oui. C’est dans les statuts du FMI, je n’invente rien. Tous ceux qui sont à la tête de la Commission européenne, à la tête du FMI doivent dans l’esprit devenir des apatrides. Il leur est interdit d’évoquer leur nationalité, et il leur est encore plus interdit de défendre les intérêts vitaux du pays auxquels ils appartiennent. Par conséquent, elle n’est plus une femme politique française, comme Dominique Strauss-Kahn n’était plus un homme politique français lorsqu’il était à la tête du FMI. J’ai eu le sentiment de dire une lapalissade mais manifestement ça n’était pas le cas puisqu’un certain nombre de gens pensait encore que l’on pouvait conserver sa nationalité en étant à la tête de ces grandes institutions internationales.

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