La guerre au Mali n’aura pas lieu

 
par Farouk Atig
Inscription figurant à l’entrée de la mosquée de Djenné (Mali), classée au Patrimoine mondial de l’humanité.

11 janvier 2013 – 11 mars 2013.

Deux mois déjà que la France se bat « aux côtés » de l’armée malienne pour libérer le pays de la menace islamiste qui s’est insinuée il y a bientôt un an par le nord, d’abord à Tombouctou, puis à Gao, avant de menacer le centre et la partie sud du pays.

Deux mois et quelques centaines de morts plus tard, quel bilan ?

Sans l’intervention militaire française, estime Manuel Valls, « c’est le Mali qui serait aujourd’hui un Etat terroriste, aux portes du Maghreb. (…) N’oublions jamais que les premières victimes du terrorisme aujourd’hui dans le monde, ce sont d’abord les musulmans », a souligné le ministre français de l’Intérieur.

Coïncidence troublante et pour le moins sombre, cela fait un an jour pour jour que Mohamed Merah a basculé dans une effroyable spirale meurtrière avec l’assassinat d’un premier militaire à Toulouse, tragique préambule à l’exécution de six autres personnes à Toulouse et Montauban, en mars 2012, dont trois enfants devant l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse. Des tragédies en série, qui selon de nombreux criminologues et experts en renseignement, auraient incontestablement pu être évitées, tant on sait que le « tueur au scooter » faisait depuis au moins 2006 l’objet d’un profilage serré, par différents services de police.

Seulement voilà, à l’époque la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) tenait clairement la dragée haute au djihadiste en devenir qu’était Mohamed Merah, déclassé par son grand frère Abdelkader, déjà répertorié comme un « militant salafiste ». Malgré plusieurs notes accablantes rédigées à partir de 2006, les pérégrinations de l’islamiste radical ne feront pendant plusieurs années que l’objet de simples consignations et notes confidentielles. Et il faudra attendre novembre 2011, dans la foulée de ses périples en Afghanistan et au Pakistan, avant que la DCRI ne consente à convoquer Mohamed Merah à un entretien administratif. Une stratégie pour le moins curieuse corroborée par les documents publiés hier par nos confrères de France 3 Midi-Pyrénées qui ne laissent pas planer le moindre doute sur les ratés des services du renseignement français dans cette affaire pour le moins fumeuse.

Terrorisme intérieur et international.

« Il y a aujourd’hui une crise d’identité que vivent un certain nombre de ces jeunes, qui peut les conduire au pire, concluait dimanche Manuel Valls. Et de préciser toutefois que la réponse « ne peut pas être uniquement policière, ça doit être une réponse de toute la société ».

Pendant ce temps, la France semble s’enfoncer encore un peu plus dans le bourbier malien. Après avoir annoncé aux premières heures du conflit que nos militaires lèveraient le camp au plus tard en mars, le ministère de la défense a jugé utile de revoir sa copie à au moins deux reprises. Non, les islamistes sont loin d’avoir dit leur dernier mot malgré les pertes essuyées. Et oui, les replis stratégiques opérés par les combattants islamistes ont de quoi faire augurer le pire dans cette partie du globe connue pour sa volatilité. « Le nombre de militaires engagés dans la bataille importe peu en définitive, nous confie sous couvert d’anonymat un proche de l’amiral Edouard Guillaud, chef d’état-major des armées. Car la France pourrait se voir contrainte de renouveler de manière tacite les contrats à durée déterminée qu’elle a signés au Mali. Et ce pour un bon moment encore, du moins si elle espère éviter de voir son image et sa stratégie finir dans des sables mouvants. »

Un blindé français stationné aux abords du pont de Marakala, au Mali. (Image : Intégrales Productions)

A cela vient s’ajouter une autre donnée factuelle directement liée au renseignement militaire, à savoir que des éléments français convertis au djihad sont venus grossir les rangs de l’insurrection islamiste dans le Sahel. « Seulement une poignée, claironnait hier Manuel Valls. Contre plusieurs dizaines en Syrie. On ne peut donc pas parler de filière ».

Filière ou pas, l’opération de « nettoyage » est encore loin d’être terminée, dans la mesure où les affrontements se poursuivent toujours dans l’est et une partie du nord, où les djihadistes donnent du fil à retordre à l’armée malienne et aux soldats français, et que la crainte de nouvelles attaques-suicides fait frémir les populations locales.

Quant au bilan dressé par Bamako et Paris -qui estiment d’une même voix que 70% du boulot est déjà fait- il avoisinerait pour le moment les 500 morts parmi les djihadistes, contre seulement 4 morts côté français et 30 parmi les Tchadiens. Mais c’est sans compter aussi sur les civils pris en tenaille par les violents combats au sol entamés au début du conflit, ainsi que par les bombardements de l’armée française.

Officiellement, aucune perte n’est à déplorer de ce côté. Mais n’oublions pas que dans cette guerre volontairement sans image, le travail des journalistes est depuis le début miné par la communication des militaires qui distillent, comme bon leur semble, les informations sur les opérations en cours.

Sur le même sujet : notre reportage au Mali aux premières heures du conflit

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