Chypre : belote et rebelote ?

 


 

En 2008, pour sauver la peau des “salopards” qui avaient conduit les institutions financières au bord du gouffre, leurs petits camarades politiques avaient abondamment puisé dans les trésors publics. En 2013, les caisses publiques sont vides, les trésors dʼAli Baba partis en fumée, et voilà que les 27 voleurs se voient à nouveau lâchés dans l’arène, puisant à la source et saignant allègrement les bons peuples des tailles et gabelles du 21ème siècle. So what ? Et oui, “so what” semble être le consensus des pundits* de nos médias ! So what ?

Et gare aux voix discordantes et vengeresses, dont le fallacieux dessein consisterait à déjouer l’attention du bon peuple et à l’enivrer avec de vaines réalités sur la virulente méthodologie de nos technocrates européens. Au palais des saigneurs amoraux, de la fumée blanche continue de se répandre chaque jour des sous-sols de Bruxelles pendant que les pundits y vont de leurs grands airs d’indignados : difficile, impossible même, de rester insensible à la logique marchande que décrivent de telles pratiques ignobles, et les plateaux télévisés leur donnent en ce sens une plateforme idéale pour se muer en arbitres des élégances.

Manifestation d’employés de banques le 23 mars dernier devant le Palais présidentiel de Nicosie

Pendant ce temps, le peuple chypriote -sur lequel nos vaillants saigneurs expérimentent leur nouveaux remèdes à la crise- se retrouve, une fois n’est pas coutume, devant le fait accompli, sans autre alternative que d’accepter l’idée d’un transfert total du pouvoir décisionnel vers l’exécutif, passage en force ou dernier recours pour éviter la censure d’une option que leur parlement avait pourtant rejetée.

Ne font-ils pas en définitive comme leurs paires -ou plutôt leurs mères- comme cette brave Madame Lagarde, bien prompte à une époque pas si lointaine à soulager le trésor public français de 285 millions dʼeuros au profit de Bernard Tapie, cet autre déshérité du sort injustement dévalisé par une banque, qui depuis a préféré changer de nom. Propulsée cheftaine du Fonds Monétaire International (FMI), notre bonne Dame Christine distribue désormais les bons points à celles et ceux qui donnent aujourd’hui au droit de piller les petits épargnants ses lettres de noblesse.

Rebelote ?

François Colcanap est notre correspondant aux États-Unis.

 

* dénomination américaine utilisée pour désigner les experts intervenant dans les débats d’actualité à la télévision -journalistes ou membres de think tanks notamment. 

 

 

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François Colcanap
François Colcanap est écrivain et journaliste, correspondant d'Intégrales Mag aux Etats-Unis.

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