De Hollande à Obama : réinvestir le champ de la crise

Deux hommes, une réalité

Le champ des possibles est illimité de ce côté-ci de l’Atlantique où l’extrême-droite républicaine investit l’atrium de Fox News à sa guise et que la presse écrite de Rupert Murdoch fait office de tiroir ouvert aux attaques en tous genres contre Obama, quand en France la ligne de démarcation est bien plus subtile dans les assauts contre le président Hollande.

Ce qui est tout à fait similaire dans les deux cas est la méthode employée pour tenir l’opinion publique aussi loin que possible des réalités sociales et économiques, pour décrier ce qui serait le manque de capacité à gouverner de ces deux leaders. J’en tiens pour preuve la rumeur continue de la “crise”, cette crise qu’ils ne sauraient à eux seuls résorber, une crise qui crée le chômage, lequel chômage précipite l’économie dans la paralysie…

Obama a été élu en réaction à l’impopularité de Bush junior, et Hollande dans une France fatiguée du sarkozysme. Bush comme Sarkozy étaient les représentants d’une droite élitiste plus soucieuse de préserver les intérêts du monde de la finance que de promouvoir une économie productrice et génératrice d’emplois. L’essence même de la crise de 2008 -tout comme les précédentes- tient dans le total manque de contrôle des organismes étatiques, le laisser-faire, un appât sans bornes pour l’argent facile et les nécessités des financement occultes des partis politiques.

François Hollande et Barack Obama.

Que peuvent aujourd’hui ces deux leaders face au lancinement de la crise ? Rien en réalité, si ce n’est questionner les fondements mêmes de cette crise dont les racines maléfiques reposent sur un capitalisme dévoyé ; un capitalisme qui a définitivement tourné le dos à l’économie de production au profit de ce que nous pourrions décemment appeler le bingo financier. Capitalisme à échelle internationale, vorace autant que tronqué, qui pour se redéfinir en tant que tel a puisé abondamment dans les recettes les plus obsolètes du passé qui s’accommodent bien volontiers des agréments du colonialisme d’antan, et tire profit de spéculations réalisées au détriment des  exploités de ce tiers-monde dont les places financières n’ont cure. Un capitalisme capable à lui seul de produire en dix ans plus de milliardaires qu’il n’en avait produit en un siècle.

« Jours de destruction, jours de révolte » de Joe Sacco (Dessinateur) et Chris Hedges (Scénario) est paru chez Futuropolis en novembre 2012

La crise, elle, ne peut évidemment pas se régler en gérant la crise. Il faut des idées nouvelles et un courage politique que le désuet système du bipartisme ne peut promouvoir. La crise est là pour durer quand l’opinion publique ne fait que suivre le balancier de ceux qui la manipulent : loyaux soldats de médias asservis au capitalisme dévoyé. Chris Hedges, ancien journaliste du New York Times clôt son dernier opus (« jours de Destruction, jours de révolte » – Futuropolis) de la plus belle manière : la métaphore d’un ring où deux boxeurs s’affrontent, le plus faible s’accrochant à tous les coups et finissant par trouver dans sa douleur la force de s’imposer et de défaire le plus fort. Il faudra sans doute puiser dans cette euphorie nécessaire pour libérer l’opinion et que ces deux leaders de poids parviennent à faire preuve de cet indispensable courage pour ne pas quitter la scène par KO.

François Colcanap (correspondance à New-York)

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François Colcanap
François Colcanap est écrivain et journaliste, correspondant d'Intégrales Mag aux Etats-Unis.

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