De qui se futon ?

 
vues de New-York

L’actualité à travers le prisme de nos médias américains tient la population en constante alerte ! “March Madness” vient à son terme et les finales de basketball des équipes universitaires sont en vue. La nouvelle saison de baseball s’organise dans les camps de préparation de Floride et les juteux contrats sont négociés, dernier en date pour le joueur Alex Rodriguez qui vient de resigner avec les Yankees de New York pour la bagatelle de 250 millions de dollars…

Mazette, Tiger Woods est de retour pour de bon.

Autant d’évènements pour clouer le bon peuple sur son couch pendant ce long week-end, illustrant à la perfection le pendant américain de l’expression “durillon de comptoir”, pour décrire le lieu des activités sportives du week-end de ceux qui donnent de la voix plus que de l’effort physique : couch potatoes.  

Alex Rodriguez, joueur d’origine dominicaine, évolue en Ligue Majeure de baseball américain.

Et puis, Pâques oblige, les cloches ont carillonné à tue-tête aux abords de la place Saint-Pierre en l’honneur de François le nouveau, dit le Premier, dont la première allocution sonnait le glas de la nouvelle pensée papale : la dénonciation en bonne et due forme de l’âpreté du capitalisme ! Tout cela m’a fait l’effet d’un retentissant coup de cloche sur la tête : “Oh my God”, que ce brave homme n’aura pas attendu bien longtemps avant de faire transpirer son uniforme “blanc-cassé” (qui le distingue sensiblement de l’ancien Grand Inquisiteur tout de blanc-blanc vêtu)…

Mais de qui se futon ?

Si nous étions ensemble à lire le Sunday New York Times ce dimanche, et si comme moi vous avez cherché d’une manière ou d’une autre à vous tenir informé des affaires de ce monde, forget it ! J’ai pour ma part jugé plus opportun de me libérer de la prose empirique des premières pages, convaincu de la nécessité de griffonner sur mon carnet quelques uns des problèmes auxquels le monde va devoir faire face. Etant entendu que les frontières de ce monde contournent les Etats-Unis d’Amérique. Las !

1.- Les guerres : Irak, Afghanistan, Mali, Centrafrique, Yémen et Somalie pour ne citer que les plus visibles. Il est fort à parier que ces global issues seront au coeur du débat dans les semaines à venir, à l’occasion notamment de la sortie conjointe d’un livre et d’un film du journaliste Jeremy Scahill. “Dirty Wars” ou la réalité de ces conflits que l’on dissimule au grand public.

2.- Les attaques contre la démocratie. L’extrême droite américaine a donné de la voix ce week-end. Dans le Sud d’abord, avec une manifestation du Ku Klux Klan à Memphis, Tennessee. Puis au Texas, où une flopée de “white supremacists” est soupçonnée d’avoir commandité l’assassinat de plusieurs procureurs, le dernier en date ayant été abattu à son domicile, avec son épouse.

3.- Le racisme. La population carcérale est composée à plus de 60% de minorités ethniques qui ne forment pourtant que 11% de la population américaine. Tous les jours, de jeunes blacks sont tués par les forces de l’ordre. Dernier en date, le jeune Kimani Gray, âgé d’à peine 16 ans.

Kimani Grey, jeune noir de 16 ans, a été tué à la mi-mars dans le quartier de Brooklyn, à New-York. Invoquant la légitime défense, les policiers qui l’ont abattu, l’ont atteint à sept reprises, dont trois fois dans le dos.

4.- Le changement climatique et les catastrophes naturelles, de la Nouvelle-Orléans à New-York, et le reliquat des dégâts provoqués par la tempête Sandy. C’est sans conteste le challenge en tête de liste du président pour les semaines à venir, avec la décision à venir d’autoriser ou non la construction d’un pipeline chargé d’or noir, reliant les sables bitumeux du Canada au Texas. Plus de 2.000 kilomètres de conduits, connus sous le nom de « Keystone Pipeline », avec à l’intérieur un pétrole des plus polluants. Il y a quelques jours, un engin similaire a littéralement explosé, continuant de provoquer des dégâts écologiques considérables dans l’état de l’Arkansas.

5.- Et puis l’économie, bien sûr. Gigantesque fourre-tout qui fait surgir en ma mémoire cette vieille expression employée jadis pour décrire la cause générique du décès de bien des vieux… ou plutôt des « personnes âgées » : la mélancolie. Il est mort de mélancolie, comme de nos jours nos maux sont dus à l’économie.

Et l’économie, n’est-ce pas François, c’est le capitalisme ! Alors allons-y gaiement, et du haut de sa bulle, notre Saint-Père de dénoncer la principale fondation de la puissance de Rome : le capitalisme. Allelujah ! Ne portons pas davantage atteinte aux maximes du bon Père.

Pour ma part, je m’en vais de ce pas redonner des formes à mon futon.

François Colcanap (correspondance aux Etats-Unis)

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François Colcanap
François Colcanap est écrivain et journaliste, correspondant d'Intégrales Mag aux Etats-Unis.

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