Prix Albert Londres 2013 : les chercheurs de vérité récompensés

 

Le prix Albert Londres était organisé pour la première fois à Montréal, au Québec, pour sa 80ème édition
Le prix Albert Londres était organisé pour la première fois à Montréal, au Québec, pour sa 80ème édition

Vendredi à Montréal, les journalistes français Doan Bui (Le Nouvel Observateur) et Roméo Langlois (France 24) ont reçu le Prix Albert Londres 2013 des mains d’Annick Cojean (Le Monde), présidente du jury. Ce qui distingue les deux reportages primés, c’est qu’ils témoignent, chacun à leur manière, d’un souci de mettre en lumière, dans l’oscillation incessante des faits, le réel en sa vérité.

 

Doan Bui et les spectres

La journaliste Doan Bui a été primée à l’écrit pour son reportage « Les fantômes du fleuve. » Il s’agit d’une chronique des immigrants illégaux qui tentent de rejoindre l’Europe en traversant la Maritza (fleuve qui sert de ligne frontalière entre la Turquie et la Grèce, ndlr). Elle a expliqué  que sa démarche consistait à « reconstituer tant bien que mal l’itinéraire de ces anonymes ». Doan Bui a ainsi restitué le visage de ces hommes, femmes et enfants, qui, à l’ombre des actualités médiatiques, sont les spectres d’une Europe qui n’ose convoquer son présent, condamnés à devenir les fantômes de l’histoire.

Il semble qu’aux yeux de Bui, porter la lumière sur la réalité exige de montrer toute l’étendue de son spectre. « Je suis très honorée et d’autant plus touchée que le prix récompense ce reportage sur ces migrants, car leur histoire n’est pas connue », a déclaré la journaliste française. Non, leur histoire n’est pas connue. Des migrants, l’on ne connaît qu’un fracas affolant de chiffres, quelques images éparses de bouches béantes et de bateaux qui coulent. Les pieds d’hommes désœuvrés échoués sur un caillou de l’Europe — à peine.

Roméo Langlois, le mercredi 31 mai 2012, lors de sa libération par les Farc après 33 jours de captivité
Roméo Langlois, le mercredi 31 mai 2012, lors de sa libération par les Farc après 33 jours de captivité

Roméo Langlois, le réel, au prix des balles

Roméo Langlois, pour sa part, a été récompensé pour son reportage vidéo « A balles réelles », produit par Woow your Life, qui relate le fiasco d’une opération anti-drogue menée par l’armée colombienne. Le but du reporter était d’interroger la légitimité de cette couteuse campagne, en fondant son jugement sur des faits actuels.

Roméo Langlois est prêt à prendre des risques pour se rendre dans des zones que la plupart des médias n’osent plus approcher, au motif qu’elles exposent les journalistes au danger. Mais l’homme y va, résolu à aller sonder le réel même dans ses sources les plus tortueuses et difficiles d’accès. Pour ce faire, il suit un escadron de l’armée colombienne dans une campagne anti-drogue. Pris en embuscade par les Farc, les soldats sont défaits par les guérilleros. Le reporter, alors blessé au bras est fait prisonnier par les rebelles. Il n’est libéré qu’au bout de 33 jours de captivité, le 30 mai 2012. « C’est un pays qui me tient énormément à cœur, que j’ai couvert pendant très longtemps, qui est en guerre, qui est totalement oublié des médias, donc (ce prix) est selon moi une manière aussi de rappeler la situation de la Colombie », a-t-il déclaré.

Puisse ce prix Albert Londres être l’occasion de relire les travaux de ces deux journalistes, que l’on pourrait tout aussi naturellement qualifier de « chercheurs de vérité ».

Clara Schmelck

Sur ce même sujet :

Doan Bui et Rolmeo Langlois, prix Albert Londres 2013 (Libération)

Romeo Langlois, ex-otage des Farc, obtient le prix Albert Londres (Le Parisien)

Prix Albert Londres : « Les fantômes du fleuve », le making of (La Nouvel Observateur)

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - aussi à la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...). SITE PERSO : claraschmelck.com

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