Vers un Obamagate ?

 

vues de New-York

Ce qu’il y a de commun avec « le Miroir à deux faces », d’André Cayatte, et l’administration Obama, c’est que la trame de ce film de 1958 ressemble à s’y méprendre au scénario en vogue à la Maison Blanche. Très vite après son élection, le Président américain a commencé à montrer un visage bien différent de celui qu’il avait présenté au monde lors de sa première campagne, un visage bien différent de celui à qui venait d’être attribué le prix Nobel de la paix.

Les derniers soubresauts de l’actualité accentuent le clivage. C’est comme si une manœuvre radicale venait d’avoir lieu, et ceux de ses supporters déjà sceptiques ressentent aujourd’hui ce que le personnage incarné par Bourvil déployait après la transformation de la belle Morgan.

Hier, la commission du Sénat américain pour les affaires militaires fut le théâtre d’un dialogue surréaliste avec des représentants de l’administration Obama couverts d’éloges par des élus républicains et vertement tancés par les démocrates. Le plus virulent, le Sénateur indépendant du Maine, Angus King, accusant l’administration Obama de “réécrire” la Constitution. Ce qu’ont rétorqué les huiles de la Maison Blanche a de quoi faire frémir le reste du monde : la guerre contre le terrorisme est une guerre sans fin et les Etats-Unis d’Amérique ont toute “la légitimité” d’intervenir partout où nécessaire car “le monde est un perpétuel champ de bataille”. Ce droit d’intervenir étant entièrement du ressort du Président, sans nullement besoin d’en référer au préalable au Parlement. Les choses sont maintenant claires et Obama n’a pas besoin d’un Cheney ou d’un Powel pour construire des théories d’armes de destruction nucléaire.

“Dirty Wars”, du journaliste Jeremy Scahill -déjà numéro 5 de la liste des best-sellers du New York Times moins d’une semaine après sa sortie en librairie- lève le voile sur la liste de « personnes à abattre » dont dispose Obama et du contingent secret placé sous ses ordres, prêt à intervenir à tout moment, et n’importe où sur la surface du globe. La souveraineté des nations ne figurant plus à l’ordre du jour des préoccupations du spécialiste de droit constitutionnel que fut un jour le président des Etats-Unis…

La semaine avait pourtant bien démarré avec pas moins de deux révélations mettant en cause l’administration :

– où l’on apprenait d’abord que les services de la très redoutée IRS, Internal Revenue Service (inspection fiscale, ndlr), avaient volontairement passé au crible les groupes Tea Party pendant la campagne électorale 2012, avant de leur accorder le statut d’association dispensée d’impôts (au même titre que les églises ou les ONG).

– cerise sur le gâteau ensuite avec l’administration américaine qui reconnait implicitement avoir espionné l’agence de presse AP : les téléphones de plusieurs journalistes auraient ainsi été mis sur écoute par le ministère américain de la justice, en mai 2012, alors que les confrères enquêtaient sur un attentat déjoué par la CIA au Yémen.

Le moins que l’on puisse dire est qu’il y a pas mal d’agitation à Washington et que le pays commence à se poser des questions sur ce que sera le deuxième terme de la présidence de Barack Obama. La question a été directement posée au Président en cette fin de semaine alors qu’il recevait le Premier ministre turc. Un journaliste lui a demandé ce qu’il pensait des remarques de plus en plus fréquentes comparant sa direction à celle du Président Nixon ! La question fut posée… la réponse est à venir, au delà de celle formulée par Obama qui a suggéré à cet insolent de replonger dans ses manuels d’histoire…

François Colcanap (correspondance aux Etats-Unis)

 

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François Colcanap
François Colcanap est écrivain et journaliste, correspondant d'Intégrales Mag aux Etats-Unis.

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