Flashback pour un réveil ?

 

vues de New-York

Le dernier film de Margarethe Von Trotta, “Hannah Arendt” est sorti hier au Film Forum de New-York, une institution comparable en différents points à ce que fut la Cinémathèque à Paris. Pour le premier jour d’exploitation, neuf séances étaient programmées, toutes “sold out”. Après la projection de la première séance à 13 heures, mon voisin s’est tourné vers moi en m’invectivant de la sorte : “ that’s the most thoughtful movie I have ever seen”. L’homme avait pris de grandes précautions au moment de s’asseoir à mes côtés, et j’ai été heureux de l’aider à s’extirper de son fauteuil.

Le film se concentre sur le voyage d’Hannah Arendt à Jérusalem, venue assister pour le compte du magazine New Yorker au procès d’Eichmann, l’officier nazi en charge du transport des juifs vers les camps de concentration, et du compte-rendu qu’elle en avait fait dans les pages dudit magazine. Le propos n’est pas ici de présenter Hannah Arendt mais simplement de rappeler que son œuvre dans son ensemble couvre les problématiques liées au totalitarisme.

 

 

Annah Arendt avait rendu compte du procès en mettant en relief le caractère de médiocrité d’Eichmann, simple exécutant d’un système devenu le véritable monstre aux mains de bureaucrates appliqués. Les articles publiés dans le New Yorker avaient provoqué une grande controverse, Arendt étant accusée de responsabiliser les victimes notamment en décrivant le rôle de certains leaders juifs allemands pendant la guerre. Le film nous montre Arendt, l’étudiante du philosophe Martin Heidegger, la relation qu’elle entretenait avec lui; sa vie à New York et le cercle des intellectuels allemands qu’elle fréquentait alors.

 

 

Mais le point fort de cet opus tient littéralement dans les dernières scènes lorsque -alors que la controverse bat son plein- l’intellectuelle s’adresse à ses étudiants pour justifier ses positions. Les propos qu’elle tient alors résonnent aujourd’hui avec une acuité particulière dans le contexte des évènements de la vie politique américaine. Alors que la concentration des médias se fixe entre quelques mains, que de riches américains agissent en bons propriétaires de Washington, que l’industrie militaire dicte sa politique et vide les caisses du Trésor avec une escalade dans les dépenses militaires, alors que Julian Assange est condamné à trouver refuge à l’ambassade équatorienne de Londres, que Bradley Manning va bientôt être jugé devant un tribunal militaire, qu’une pluie de drones s’abat à la seule volonté du Président des Etats-Unis d’Amérique ; en cette période où les libertés sont attaquées sur tous les fronts, Hannah Arendt nous dit que la terre n’appartient pas à quelques uns mais à tous, qu’une politique qui construit un système unique ne peut conduire qu’au totalitarisme criminel et à la discrimination ; que l’homme très vite s’évanouit derrière le système, et que c’est lorsque survient l’horreur que l’humanité court à sa perte.

Eichmann est-il un véritablement un élément du passé ?

 

François Colcanap (correspondance aux Etats-Unis)

 

Sur le même sujet :

Hannah Arendt dans le brouillard (L’express)

Hanna Arendt, la controverse au Cinéma (Regards)

 

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François Colcanap
François Colcanap est écrivain et journaliste, correspondant d'Intégrales Mag aux Etats-Unis.

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