Edward Snowden : « we got to catch the son of a bitch »

 

vues de New-York

Où peut donc bien se terrer Edward Snowden ? Telle est la question que se posait d’une même voix ce lundi matin l’ensemble des médias américains : journaux, radios, télévisions et web inclus. Hier, Sénateurs et élus de la Chambre des représentants, républicains et démocrates, n’avaient déjà pas raté l’occasion de vociférer à pleins poumons sur ce parfum de scandale qui s’est insinué dans l’air de Washington depuis les révélations fracassantes fournies par l’Américain au quotidien britannique The Guardian, usant et abusant pour cela de la même thématique guerrière teintée de patriotisme : “we got to catch the son of a bitch” (nous devons mettre la main sur ce fils de pute).

David Gregory, journaliste vedette du show Meet the Press sur la chaine NBC, allant jusqu’à douter de la partialité de Gleen Greenwald, s’est subitement vu pousser des ailes en questionnant la légitimité du journaliste du Guardian : à la question de savoir si celui-ci « devrait être inculpé”, Greenwald, qui a permis à Snowden de publier ces informations, a répondu à son collègue de la télévision en mettant en cause sa propre éthique et celle de bon nombre de journalistes américains, dont les rapports et la proximité avec Washington semblent sujets à caution. Motus et bouche cousue ce lundi en une des principaux titres « institutionnels ».

Il ne fait pas de doute que la classe politique dans son ensemble a compris qu’elle avait gros à jouer dans l’affaire Edward Snowden, les informations publiées par The Guardian mettant en évidence une collusion des plus dangereuses entre les institutions politiques et la démocratie américaine dans sa globalité : car la puissance des révélations de Snowden tient surtout au fait qu’elles jettent l’opprobre sur ces relations plus qu’opaques et douteuses qu’entretiennent l’administration américaine et la classe politique en général. La balance de pouvoir entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire étant bafouée dans ses fondements mêmes.

Le fait qu’Edward Snowden soit ainsi accusé d’espionnage alors même que ce qu’il nous apprend ouvre une brèche infime sur les stratégies en cours au sommet de l’état, pour espionner les Américains, relève en quelque sorte du miracle. Et cette affaire a au moins le mérite de sensibiliser et même mobiliser l’opinion sur les stratégies amères de la Maison Blanche qui dénotent l’absence d’intégrité d’une partie de l’administration Obama. Quant à l’attitude unanimiste du Congrès, elle finit par décrédibiliser le personnel politique. L’apparente persécution d’Edward Snowden peut déclencher un mouvement que certains appellent de leurs vœux depuis bien longtemps : une manifestation populaire.

Bien sûr l’administration Obama déploie tous les moyens en son pouvoir pour contrer et interpeler Edward Snowden, dissuadant les nations qui y songeraient à lui servir de refuge. De nombreux commentaires ce matin posent aussi la question de la suprématie américaine face aux petits pays états d’Amérique Latine, face à la Russie d’aujourd’hui, face à la Chine qui a facilité par exemple le départ de Snowden de Hong Kong.

Dans son entretien initial au Guardian, Edward Snowden affichait une lucidité sans faille face aux pouvoirs dont il exposait les errements, conscient par exemple que les Etats-Unis ont toutes les cartes en main pour le saisir au moment le plus opportun. Ce matin pourtant, il semble que des forces encore inconnues aient décidé de favoriser l’exil du faible face au puissant. Mais pour combien de temps encore ?

François Colcanap (correspondance aux Etats-Unis)

Voir aussi :

A Moscou, Edward Snowden brouille les pistes (Le Monde)

La cavale invisible d’Edward Snowden (Le Figaro)

Allo ? Allo ? C’est qui qui tousse (Intégrales Productions)

Edward Snowden demande l’asile à l’Equateur (Le Monde)

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François Colcanap
François Colcanap est écrivain et journaliste, correspondant d'Intégrales Mag aux Etats-Unis.

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