Egypte : 48 heures avant le chaos ?

 

PAPIER – ANALYSE

 

Désavoué par le général Abdel Fatah al Sisi, ministre de la défense en exercice et chef des armées, le président égyptien Mohammed Morsi (issu des frères musulmans) est désormais au pied du mur, tout juste un an après son arrivée au sommet de l’état. Même si les militaires n’ont pas explicitement demandé la démission du chef de l’état, ils ont tout de même clairement laissé entendre qu’ils prendraient le relais d’ici 2 jours en l’absence d’accord entre l’opposition et les islamistes modérés. Du jamais vu dans ce pays, au lendemain des manifestations monstres de l’opposition appelant au départ inconditionnel de Morsi. Décryptage.

 
 

L’injonction des militaires aux frères musulmans

Qui aurait pu imaginer que les militaires -jadis alliés inconditionnels du régime- auraient lâché si promptement le président Mohammed Morsi tout juste un an après sa prise de pouvoir ? Certes, l’armée est traditionnellement rangée du côté des laïques en Egypte, mais l’apaisement des premiers mois dans les relations entre islamistes modérés et la junte militaire semblait indiquer que le climat de suspicion entre ces deux forces que tout oppose augurait des jours meilleurs. Il n’en était rien.

Ce lundi, Abdel Fatah al Sisi a lancé un ultimatum de 48 heures à l’ensemble des responsables politiques qu’il invite à s’entendre coûte que coûte et à « satisfaire » les revendications des manifestations (plusieurs millions hier au Caire), faute de quoi, a-t-il averti, les militaires s’engagent à prendre le relais.

Troubles à prévoir ?

Ce revirement -ou du moins ce changement de cap inattendu- des militaires dans un contexte lui-même inédit ne doit pourtant rien à la fatalité. Jamais, en effet, la rue n’avait manifesté une telle hostilité à l’égard du pouvoir en place comme elle l’a fait ces derniers jours, et de l’aveu général, les protestations monstres de ce week-end surpassent très largement celles qui avaient conduit au départ du raïs il y a plus de deux ans.  Les démissions en série de ministres du gouvernement viennent compléter cette démonstration : Tamarrud (rébellion en arabe), ce rassemblement présenté comme citoyen à l’origine de la contestation, bénéficie d’un soutien sans failles d’un très large spectre de la société égyptienne. Pis : la formation assure avoir collecté plus de 22 millions de signatures dans sa pétition pour une présidentielle anticipée. Et d’ajouter que ce nombre supplante aussi celui des électeurs qui avaient placé leur bulletin dans l’urne en faveur de M. Morsi en juin 2012 (plus de 13 millions). Une fois n’est pas coutume, la rue égyptienne est parvenue à fédérer au-delà de ses propres espérances, la police, puis l’armée, ayant décidé de rejoindre la mobilisation, ou du moins de ne pas faire interférence. Il semble donc peu probable que le premier chef de l’état élu d’Egypte rechigne à abonder dans le sens des manifestants.

Dans le cas contraire, le pays risquerait de plonger à nouveau dans une spirale de violence incontrôlée. Rien qu’au cours des 72 dernières heures, une vingtaine de personnes ont été tuées en marge des manifestations, à Alexandrie, Port-Saïd et au Caire, la capitale. La rue attend désormais un geste fort de l’ancien leader des Frères musulmans dont le siège a été violemment pris à partie la nuit dernière au Caire.

Farouk Atig (avec Mehdi el Fintar)

Lire aussi :

L’Egypte lance un ultimatum de 48 heures aux politiciens (Le nouvel observateur)

Egypte, le triple échec des Frères musulmans (Le Monde)

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