Zimbabwe : l’indétrônable « hitler noir »

 

A quatre-vingt-neuf ans, Robert Mugabé, président du Zimbabwé depuis 1980, a été « réélu » pour un sixième mandat. Victorieux avec près de 61% des voix (selon les résultats officiels), le despote africain rempile pour cinq années de plus. Son adversaire, Morgan Tsvangirai, conteste les résultats et vient de déposer un recours devant la justice visant à annuler ces élections qu’il qualifie de « farce énorme ». Eclairage.

 

 

L’opposition dépose un recours devant les tribunaux

Depuis trente-trois ans, Robert Mugabé, président du Zimbabwé, s’accroche au siège suprême de chef de l’état. Réélu officiellement samedi 3 août avec 61% des voix, le plus âgé des dictateurs africains n’entend en aucun cas abandonner son poste à un autre. Comme lors des précédents scrutins, Mugabé est une nouvelle fois accusé par l’opposition d’avoir truqué les élections en sa faveur.

Grand perdant de ce nouveau scrutin avec 34% des votes, Morgan Tsvangirai, Premier ministre en exercice, crie au complot. Candidat pour la deuxième fois contre Mugabé, le chef du gouvernement de « cohabitation » dénonce des élections truquées malgré la validation des observateurs de l’Union africaine qui n’ont pas hésiter à parler de scrutin « libre, équitable et crédible ». Emprisonné à plusieurs reprises par le passé, Tsvangirai raconte avoir été victime de quatre tentatives d’assassinat. Mais l’opposant ne se déclare pas vaincu pour autant et menace de se battre jusqu’au bout. Il dit ne vouloir atteindre qu’un seul objectif : voir le Zimbabwe devenir un jour un état libre.

Lors des élections présidentielles de 2008, Tsvangirai était arrivé en tête du premier tour avec 47% des suffrages, Mugabé ne récoltant que 43% des voix. Mais suite aux nombreuses violences qui s’en étaient suivies et avaient provoqué la mort d’environ deux cent personnes, Morgan Tsvangirai avait fini par se retirer, laissant ainsi le champ libre à Mugabé. En guise de lot de consolation, il acceptera tout de même d’être à la tête du gouvernement « d’union nationale » imposé par la communauté internationale.

A 89 ans, Robert Mugabé a été réélu pour la 3ème fois en tant que président du Zimbabwe.
A 89 ans, Robert Mugabé a été réélu pour la 6ème reprise en tant que président du Zimbabwe.

 

Des élections truquées ?

De nombreux témoins et opposants à Mugabé racontent que leurs noms ne figuraient plus sur les listes électorales et qu’ils auraient ainsi été empêchés de se rendre à l’isoloir. Des listes électorales rendues publiques seulement à la veille du scrutin…

Autre mise en scène de restriction de droit : pour ce scrutin, aucun observateur occidental n’a été autorisé à se rendre au Zimbabwe pour éviter de possibles fraudes. Seule une délégation d’observateurs de l’Union africaine, considérés comme proches du régime, a pu se rendre sur place pour attester du bon déroulement du scrutin. Pis : sans la vigilance de plusieurs « examinateurs zimbabwéens indépendants », de nombreuses irrégularités -parfois massives- n’auraient pas pu être rendues publiques.

Selon Courrier International, un grand nombre d’électeurs fantômes auraient aussi vu leur nom figurer sur les listes électorales. Sur un total de 6,4 millions d’inscrits, 8,7 millions de bulletins auraient été comptabilisés, ce qui représente près de 37% de bulletins supplémentaires.

Quelques jours après la victoire de Mugabé, deux membres de la commission électorale (en anglais Zimbabwe electoral Commission) ont démissionné. Geoff Feltoe, professeur de droit et membre de cette commission, invoque des motivations personnelles pour justifier son congé. Il n’en va pas de même pour Mkhululi Nyathi, autre membre de la Commission électorale zimbabwéenne : dénonçant le manque d’intégrité du processus, ce dernier a préféré jeter l’éponge, se montrant particulièrement critique sur « la manière avec laquelle l’organe de gestions des élections avait organisé le scrutin du 31 juillet. »

« Au cours des cinq prochaines années, le Zimbabwe va assister à un modèle de transfert de richesses unique qui va permettre à des gens ordinaires de prendre en charge leur économie », a promis la Zanu-PF (le parti du président Mugabe). Pour cela et pour les investissements à venir, Robert Mugabé a déclaré qu’il solliciterait l’aide de ses « amis de l’Orient », au premier rang desquels la Chine.

Face aux nombreux problèmes qui rongent ce pays habitué aux violences et  à la corruption, les opposants ne se font guère d’illusions. Il en va de même pour la communauté internationale qui, consciente de la gravité de la situation,se voit dans l’incapacité de distiller une quelconque aide, financière ou autre à cette nation plongée dans l’oubli général.

Dans de telles conditions, seule la mort de celui qui s’est un jour lui-même qualifié d' »Hitler noir » pourrait apporter un semblant de stabilité à la 132ème économie de la planète.

Tatiana Meilhac et Farouk Atig

 

Voir aussi :

Mugabé réélu encore une fois (Courrier international)

Zimbabwe : l’opposition conteste la réélection de Mugabe devant la justice (Le Monde)

Zimbabwe. Plus de 300.000 électeurs empêchés de voter (Le Nouvel Observateur)

 

 

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