Info : La dictature du buzz, jusqu’où ?

Ce matin 10 janvier 2014, les réseaux sociaux se sont emparés d’une rumeur portant sur un élément de la vie personnelle du président de la République , François Hollande . La presse professionnelle a obéi au buzz, en intégrant le cancan à ses contenus d’information.

Un cancan intégré au contenus éditoriaux des grands journaux d’actualité

La rumeur est le plus vieux média du monde, disait Jean-François Revel. La rapidité avec laquelle s’est répandu le commérage concernant la vie amoureuse du président de la république française vérifie la boutade du philosophe.

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Le buzz a commencé ce matin sur Twitter, à six heures. Rien de choquant à cela : le site social est le nid de tous les commérages. Du mot même de son patron français, Olivier Gonzalez, Twitter n’est pas un média et n’a pas la prétention de se substituer à une presse d’information fondée sur l’investigation.

En revanche, on se demande si la presse professionnelle, et à plus forte raison la presse news, ne se prend pas parfois pour un réseau social : à peine les réseaux sociaux sociaux relayaient-ils le gossip étayé par le magazine People Closer que les quotidiens et les hebdomadaires l’intégraient à leurs contenus rédactionnels. Comme si un ouïe-dire non vérifié avait valeur d’information.

La péripétie montre à quel point l’info sur le web et les réseaux sociaux brouille les limites entre les contenus qui relèvent proprement de l’information et ceux qui constituent une forme de publicité. A cet égard, la peopolisation des contenus éditoriaux est encore plus ambigue que ne l’est le Native Advertising. Sur les sites des grands quotidiens, en effet, aucun élément visuel ni verbal n’indique qu’un contenu n’est pas purement informatif, mais qu’il relève d’une rumeur rendue publique.

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Etre présent sur le web et interagir au quotidien avec les réseaux induit-il nécessairement cette confusion ?

Google et les réseaux sociaux imposent une dictature du buzz

Dès que les réseaux parlent de quelque-chose, la presse d’information doit suivre, au risque de se couper d’un nombre important de visiteurs uniques quotidiens. Le Point s’est empressé de rédiger  » La bombe de « Closer » hier soir 09 janvier à 23h10, moyennant quoi le site de l’hebdomadaire est référencé en première page sur Google lorsque l’on effectue la recherche  » François Hollande Julie Gayet ».

D’autre part, les compteurs de « likes »et de « tweets » apostillés à la fin de chaque article sont compris par les lecteurs comme autant de signes d’encouragement ou de découragement à lire l’article et à le redistribuer à leur tour.

L’information devient un produit de consommation, que l’on apprécie ou pas. Ce changement de perspective induit inéluctablement une baisse de qualité des contenus : ce qui compte, ce n’est plus la valeur substantielle de l’article, à savoir sa concision, l’effort d’investigation dont il procède et son originalité, mais le nombre de relations qu’il est en mesure de générer sur les réseaux.

La concurrence est rude. Mais est-ce un motif suffisant pour que la presse traditionnelle renonce à son coeur de métier, à savoir informer, c’est à dire découvrir un événement, et non répéter un ouïe-dire ?

 » Je reste sur l’idée que plus il y a de concurrence plus il faut faire des choix forts et les assumer », tranchait Erwann Gaucher, dans un tweet publié le 10/01. A moyen terme, l »‘option mouton » s’avèrera-elle vraiment payante pour la presse professionnelle d’information généraliste ? En attendant, ce non-événement révèle que le bruit qui court la fait toujours marcher.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - aussi à la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...). SITE PERSO : claraschmelck.com

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