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Contrôle des nouveaux médias : la Russie resserre l’étau

En faisant passer une loi sur les télécommunications qui vise à encadrer plus durement les blogs et les réseaux sociaux, le gouvernement russe franchit une étape de plus dans le contrôle de l’information en ligne. Une menace pour les médias d’opposition, de plus en plus présents sur ces nouveaux canaux de l’information.

Poutine durcit le contrôle de la blogosphère et des réseaux sociaux

Les blogs et des réseaux sociaux, qui constituent de nouvelles sources d’information, sont plus que jamais dans le viseur du Kremlin : un projet de loi sur les télécommunications, présenté en seconde lecture au Parlement russe vendredi 18 avril, prévoit de mettre au pas les blogs et les réseaux sociaux, en les soumettant aux mêmes obligations que l’ensemble des médias russes, à savoir la presse et l’audiovisuel. Une manière de réduire nettement leur autonomie et leur relative indépendance.

Les diffuseurs de contenus sur les blogs et les réseaux sociaux devront « s’assurer de la véracité de l’information et respecter les règles électorales, mais aussi veiller à ne pas cacher ou falsifier des informations d’intérêt général ». Par voie de conséquence, « les blogueurs seront désormais tenus responsables des commentaires publiés sur leur page ».

Cette nouvelle règle induit que les auteurs de blogs comptant plus de 3 000 visites par jour devront se rendre identifiables. Leur nom, initiales et adresse e-mail devront apparaître sur le blog, faute de quoi ils seront passibles d’amendes graduées de 10 à 50 000 roubles (200 à 1 000 euro). « En cas de récidive, le blog pourra être suspendu pendant un mois », prévoit le texte de loi.

Dans la même optique, les réseaux sociaux auront l’obligation de sauvegarder l’historique des activités de leurs utilisateurs pendant six mois, et de les tenir dans leur intégrité à disposition des autorités.

Un député russe, soucieux de la bonne application de cette loi, a même suggéré qu’elle s’accompagne d’une loi qui vise à ouvrir des centres d’appel pour permettre aux citoyens de dénoncer les contenus illégaux ou nocifs qu’ils repéreraient dans les médias en ligne.

L’avenir compromis de Vkontakte, le Facebook russe

Mais, le FSB n’a pas attendu qu’une loi soit formulée à la Douma pour mettre en pratique un contrôle exacerbé des contenus partagés sur les réseaux sociaux. En décembre dernier, le service fédéral de sécurité avait sommé Pavel Durov, le fondateur et CEO de Vkontakte, de lui remettre les données personnelles du groupe Euromaïdan, qui avait mis en place sur le web la contestation pro-européenne en Ukraine. Une manière très particulière de rester « en contact ».

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Dans un communiqué daté du 21 avril 2014, Pavel Durov rapporte les circonstances troubles de sa démission forcée de Vkontakte. Officiellement, le comité de direction aurait proposé l’éviction de Durov au motif que ce dernier Dourov a utilisé les ressources de VK pour créer, en 2013, l’application de messagerie instantanée Telegram, indépendante du réseau social.

Durov, pour sa part, estime que la situation peu claire dans laquelle il est impliqué est la conséquence de son refus de coopérer avec le Kremlin. « Je viens d’être viré de mon poste de président-directeur général de Vkontakte. Il est intéressant de noter que les actionnaires n’ont pas eu le courage de me l’annoncer directement, j’ai donc appris ma propre démission par la presse. » ironise t-il.

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Pour l’entrepreneur de 29 ans, Vkontakte est passé entièrement sous la férule d’actionnaires qui sont des relais directs du président Poutine : Alisher Usmanov, un magnat des métaux, n’a cessé d’augmenter sa participation dans le réseau social russe, et possède par ailleurs une participation de 10% dans Facebook. Igor Setchine, quant à lui, est le PDG de Rosneft, la compagnie pétrolière appartenant à l’État, et il est considéré comme l’un des plus proches conseillers du président russe, lequel le gratifie même du tendre surnom « Igarok ».

La blogosphère russe inquiète 

La démission de Pavel Durov à la tête de Vkontakte a de quoi nourrir les inquiétudes des blogueurs, pour qui le récent projet de loi constitue ostensiblement une marche supplémentaire dans la politique de censure du gouvernement à l’endroit des opinions divergentes.

Faut-il craindre que la Russie, à l’instar de la Turquie ou de l’Egypte, ne bloque les réseaux sociaux au cas où ils ne se conformeraient pas aux obligations prévues par la loi ?

A un journaliste de Russia Today, Durov parle déjà de Vkontakte au passé : « Probablement, dans le contexte russe, quelque chose comme cela était inévitable », déplore t-il, « mais je suis heureux que nous a duré sept ans et demi » . « Nous avons fait beaucoup. Et une partie de ce qui a été fait ne peut pas revenir en arrière. « , espère le jeune homme.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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