Le débat de Maastricht dont se passe France Télévisions

 Alors qu’EuroNews va diffuser ce lundi 28 avril à 18h00 GMT le débat d’ouverture de la campagne pour les élections européennes, qui se tiendront du 22 au 25 mai prochain, France télévisions justifie sa couverture lacunaire du scrutin par « une logique de répartition rationnelle des missions et programmes » entre les divers groupes audiovisuels européens.   

Le premier débat présidentiel européen sera retransmis par EuroNews

Si vous voulez observer le premier débat présidentiel européen depuis la France, rendez-vous sur Euronews à 20h00, heure de Paris.

Les quatre principaux candidats à la présidence de la Commission européenne, à savoir le conservateur Jean-Claude Juncker, le socialiste Martin Schulz, le libéral Guy Verhofstadt et l‘écologiste Ska Keller, échangeront ce soir à Université de Maastricht (Pays-Bas), dans la localité où a été signé le traité constitutif de l’Union européenne.

df28fd73a70586f12c7228f9eea89f00f94c393aLe premier objectif, pour les protagonistes du débat, sera de mobiliser l’intérêt des 400 millions de citoyens européens appelés aux urnes à l’importance de cette rencontre :  le choix du président de la Commission Européenne est désormais entre leurs mains, étant donné qu’il n’est plus une prérogative exclusive des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE.

France Télévisions ravive la polémique de l’euro-scepticisme

Le groupe audiovisuel public français a surpris la presse et divisé la sphère politique en annonçant qu’aucune de ses chaînes ne retransmettrait le débat du 28 avril, ni d’ailleurs celui prévu le 15 mai.

« Sur les chaînes de télévision et les radios, l’Europe est la grande absente » déplore la candidate du MoDem Sylvie Goulard dans une tribune. L’eurodéputée sortante appelle le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a « exercer son pouvoir de recommandation pour que cette retransmission ait lieu ».

First European Presidential Debate_7Ce n’est pas la première polémique que le service audiovisuel français génère autour de la couverture du scrutin européen. Mi-avril, France TV avait tout bonnement privé les citoyens francais de débat européen. Marine Le Pen, la présidente du Front national, un parti europhobe, alors conviée sur le plateau de l’émission « Des Paroles et des actes » avait refusé catégoriquement de s’entretenir avec Martin Schultz. France 2 avait obtempéré, sans répondre de cet étonnant comportement. Le groupe partagerait-il ce confus et paresseux sentiment que la presse nomme « euro-scepticisme » ?

Un choix motivé par des critères d’audiences ?

Dans un communiqué daté du 28 avril, France Télévisions a voulu rompre toute polémique de nature politique et a justifié sa programmation lacunaire par des critères logistiques, évoquant le dispositif mis en place à échelle de l’UER, qui ne prévoit pas que le débat soit retransmis sur les chaînes premium.

Le même document précise que le débat du 15 mai organisé par l’UER sera retransmis et accessible sur les chaînes de service public LCP-AN et Public Sénat  » pour permettre de toucher un public différent (…) qui souhaite s’informer sur le web et en mobilité. »

Par cette remarque, la direction de France Télévisions semble en même temps reconnaître que le choix de décaler les débats sur les chaînes TNT et les plate-forme numériques du groupe est commandé par des contraintes d’audiences : contenir coûte que coûte le « grand public » devant le petit écran, en le berçant de ses cérémonies habituelles.

L’Europe, donc, incommoderait le téléspectateur français. Quoi qu’il en soit effectivement, on aurait aimé que France Télévisions le sorte de sa zone de confort.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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