Salwa Bugaighis : l’assassinat de trop

Activiste libyenne très impliquée dès les premières heures de la révolution, Salwa Bugaighis, juriste de formation, a été retrouvée morte à son domicile de Benghazi mardi dernier. Son mari, dont on est toujours sans nouvelles, était sans doute présent au moment des faits. Tout indique que celui-ci a été enlevé par les auteurs du meurtre. Un crime de sang froid qui porte la signature des fondamentalistes, même s’il n’a pas encore été officiellement revendiqué. 

Elle était sans conteste l’une des personnalités libyennes les plus engagées de la révolution contre l’ancien raïs Mouammar Kadhafi : froidement assassinée mardi soir à Benghazi, la militante féministe a écopé de 12 balles dans le corps, avant d’être sauvagement lardée de onze coups de couteau. Comme si les extrémistes à l’origine de ce crime sauvage voulaient s’assurer de ne lui laisser aucune chance, empêcher tout miracle de se produire.

Militant des droits de l'homme et féministe engagée, Salwa Bugaghis figurait sur la liste noires des fondamentalistes libyens.
Militant des droits de l’homme et féministe engagée, Salwa Bugaghis figurait sur la liste noires des fondamentalistes libyens.

 

Tout juste de retour d’un voyage en Jordanie, Salwa souhaitait par-dessus être présente à l’occasion des élections législatives, contre l’avis notamment de ses proches et amis qui avaient tenté de l’en dissuader à cause des menaces qui pesaient sur elle et sa famille. Son fils, dont le nom apparaissait sur une liste de personnes pouvant faire l’objet d’un rapt, n’était pas présent au moment des faits. A la différence d’Essam Gheriani, son mari, qui a vécu en direct l’assassinat de son épouse et n’a plus donné de nouvelles depuis mardi dernier.

Directeur de la division Urgences à HRW (Human Rights Watch), Peter Bouckaert connaissait bien la militante féministe à laquelle il a d’ailleurs rendu un long hommage dans une tribune publiée sur le site de l’ONG. Il souligne le caractère inédit de ce crime barbare :

Peter Bouckaert est directeur des opérations d’urgences chez Human Rights Watch.

« C’est un acte sans précédent en Libye, l’assassinat de sang froid d’une militante de premier plan et dans sa propre maison. C’est un crime d’une extrême brutalité, un acte évident de haine. Salwa a constamment vécu sous la menace, mais elle a toujours refusé de faire des compromis au détriment de ses convictions et actions. Elle a toujours refusé de porter le voile et n’a jamais perdu sa liberté de parole. C’est bien cela qui explique son assassinat brutal : ses auteurs ont voulu la museler elle, mais aussi terroriser ceux qui croyaient aux mêmes idéaux. La Libye a perdu une de ses voix les plus courageuses, et cet acte de terreur a envoyé une onde de choc à travers la société libyenne. Elle était littéralement la première femme à se joindre à la révolution, et a toujours refusé de s’octroyer les bénéfices durement acquis de la révolution de 2011 que les extrémistes ont confisqués. »

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