Le journaliste américain James Foley

L’assassinat de James Foley, forme ultime de la communication de la terreur

Ce qui est radicalement nouveau avec la médiatisation de la décapitation de James Foley, ce n’est pas l’habileté technique et le sens de la narration dont fait preuve le récit vidéo de l’exécution du journaliste, mais la manière dont les islamistes ont réussi à pousser l’internet mondial à se faire le relais authentique de leur propagande.

– Décryptage d’une forme inédite de communication de la terreur. 

 

Les nouveaux communicants de la terreur

La diffusion le sur la toile mondiale par des groupes de l’EI de la vidéo de l’exécution de James Foley, reporter américain qui travaillait pour le Global Post et l’AFP et qui avait été enlevé en décembre 2012 en Syrie par l’Etat Islamique autoproclamé, a produit l’effet escompté par ses ravisseurs : commotionner l’internet, puis, forcer les internautes et les télévisions à propager la vidéo, au nom de la nécessité d’informer.

Certaines chaînes de télévision, à l’instar de  CNN, n’ont pas hésité à diffuser la vidéo de l’exécution, quitte à se raviser. YouTube a publié la séquence avant de la retirer une vingtaine de minutes plus tard. La Maison Blanche a été contrainte de demander expressément aux sites internet de retirer photos et vidéos : « Les représentants du ministère des Affaires étrangères et de la Défense ont contacté certains réseaux sociaux pour les informer de l’existence de la vidéo et les prier de prendre les mesures nécessaires en restant fidèles à leur politique » a averti la présidence au Washington Post. France 24, en revanche, fait partie des chaînes de télévision qui ont décidé de ne pas diffuser la vidéo, ni les captures d’écran à la télévision et sur le net.

Les journalistes, du fait de leur visibilité médiatique, sont une cible de prédilection pour les islamistes. Dans la vidéo produite par l’EI qui exhibe la mise en scène de l’exécution de James Foley, les djihadistes montrent aussi les images d’un autre journaliste américain identifié comme étant Steven Sotloff. Ils menacent de le tuer sommairement à son tour si le président Barack Obama ne met pas fin aux frappes aériennes américaines en Irak.

Instrumentaliser les journalistes comme moyen de pression et de propagande, cela n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est la stratégie mise en place par les islamistes depuis l’apparition des réseaux sociaux, et qui consiste à propager la terreur et terroriser de telle sorte à ce que cette terreur soit propagée davantage. Une sorte de chiasme de la terreur.

Le journaliste américain James Foley
Le journaliste américain James Foley

Amener les journalistes et les utilisateurs des médias sociaux à diffuser dans leur intégrité des images constituées de toutes pièces par les services de communication de l’Etat Islamique en Irak, et  induire ces individus à se faire inévitablement le relais, négatif ou positif, de la mise en scène des actes perpétrés par l’EI :  les islamistes maîtrisent dorénavant, outre l’art séculaire de monter des vidéos de propagande,  ce qu’on pourrait appeler le principe de l’embeded bad buzz .

En effet, plus une nouvelle est choquante au plan émotionnel et éthique, plus elle a de chance d’être partagée massivement, rapidement, et surtout  sans être modifiée, tronquée, ni parodiée. Sous l’effet de la terreur, on n’ose s’attaquer à l’objet qui en est la cause.

Il ne s’agit plus simplement, pour les islamistes, de s’appuyer sur un réseau de propagande efficace, mais de faire de chaque internaute potentiel un agent bon gré mal gré de cette propagande.

La contre-propagande s’organise

L’initiative #ISISmediablackout, lancée par des internautes de divers pays se revendiquant musulmans outrés par l’islam fondamentaliste, pose la question des moyens pour enrayer ce type de propagande. Et, du même coup, l’impose comme un fait positif, bien installé. L’assassinat de James Foley et sa médiatisation en images vidéos, entre images macabres et litotes troubles, entre hagiographies du journaliste tué et dénigrement ingrat des médias, aura consacré l’Etat Islamique comme organe d’une nouvelle communication de la terreur.

« Décrivez leurs crimes, ne relayez pas leur propagande », suppliait une utilisatrice de Twitter nommée Hend, le 19 août dans la soirée. Une préconisation qui ne fait que soutenir la propagande de l’EI d’une contre-propagande que les islamistes en Irak s’emploieront à contrarier ?

On est au rouet, cela d’autant plus que les principaux réseaux sociaux qu’utilisent les sympathisants de l’EI comme levier de sa propagande idéologique, confidentiels et décentralisés, s’avèrent difficiles à censurer. Sur Friendica et Quitter,  les comptes identifiés comme appartenant à des membres de l’EI, sont régulièrement dissous. Mais, sur Diaspora, créé en 2010, réseau social où l’usager a le total contrôle de ses données, il est très difficile de supprimer ou d’interdire les messages extrémistes de l’Etat islamique, puisqu’il n’est soumis à aucune modération ni censure.

La page "Facebook" de l'EIIL
La page « Facebook » de l’EIIL

A revoir : En direct sur le plateau d’Itélé, le 22 août à 21h45, Farouk Atig, rédacteur en chef d’Intégrales Productions/Mag,  est revenu sur son investigation de deux semaines au Nord de l’Irak. Un retour d’expérience sur fond d’une analyse de la communication de la terreur que mène de plus en plus intensément les islamistes de l’EI : 

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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