NotInMyName : le buzz a t-il tué le débat ?

Marches dans toutes l’Europe, campagnes virales sur les réseaux sociaux  : NotInMyName fait le buzz. Pourtant, un réel débat de société sur le sujet peine à faire surface. La campagne virale éclair a t-elle étouffé la cause dans l’oeuf ? 

La fondation londonienne Active Change, dont le projet est de lutter contre la propagation des extrémismes, a donné de l’ampleur à ce mouvement spontané en offrant une campagne de communication à #NotInMyName. À travers une vidéo qui circule depuis une dizaine de jours sur les réseaux sociaux, de jeunes britanniques dénoncent, face caméra et pancarte à la main, la barbarie des actes de l’organisation de l’État islamique, qu’ils jugent contradictoire avec la pratique éclairée de l’islam.

notinmyname

Trop de buzz tue la cause

Depuis dix jours, plus de 80 000 tweets avec le mot-dièse #NotInMyName (ou #NIMN) ont été publiés et la vidéo d’Active Change a été vue plus de 73 000 fois. La cause a même été présentée à l’ONU.

Journée contre la haine et l’injustice en Allemagne, marche en Norvège, campagne Twitter à travers le monde lancée de depuis l’Angleterre…la campagne de communication aura été efficace en terme de viralité, et se sera rapidement transformée en engagement.

Pendant pervers du buzz : en l’espace de dix jours, le mot-dièse est devenu un mot-clef obligé, un sésame que les musulmans des démocraties occidentale sont tacitement priés de présenter à leurs co-citoyens non musulmans pour justifier leur absence de sympathie envers des actes de la plus haute criminalité, dont auxquels ils n’ont pourtant pas à répondre.

Le succès de #NotInMyName sur les réseaux sociaux n’a pas empêché le Figaro d’oser poser la question : “Assassinat d’Hervé Gourdel : Estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France ?”, le 25 septembre au matin. Le site Rue 89 a vite relevé à le raisonnement fallacieux sur lequel reposait la question. Le faux syllogisme est construit comme suit : « des terroristes sont musulmans. Des musulmans sont terroristes. Donc, les musulmans sont terroristes. »

Illustration en image, en transposant « musulmans » par « chrétiens » :

Cette image a fait le tour de la toile.
Cette image a fait le tour de la toile.

Il ne suffit donc pas pour une cause de faire le buzz pour qu’elle parvienne à produire son effet, en l’occurrence, démêler les amalgames. Le bruit, en effet, n’est pas encore le discours. « Le buzz, c’est de la captation stérile du temps de conscience », avertit Adil Hadji, enseignant et chercheur en anthropologie religieuse à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en Sciences Sociales.

On pourrait se demander si le buzz pour le buzz ne tue pas la cause, autrement dit, si un mode de communication qui joue uniquement sur la viralité sur les réseaux sociaux n’empêche pas aux internautes d’engager un véritable débat d’idées, certes, plus difficile à populariser, mais de nature à s’attaquer en profondeur aux  préjugés et aux amalgames.

Pour en savoir plus : Les réseaux sociaux peuvent-ils mobilier contre l’extrémisme ?, à lire sur l’Atelier des Médias de RFI.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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