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La chaîne russophone Inter privée d’antenne en Ukraine

Le gouvernement ukrainien entend priver de licence la chaîne de télévision populaire russophone « Inter », qui a diffusé, à l’occasion de la nuit du nouvel an, un concert avec des stars de variété russes soutenant à mots découverts l’annexion de la Crimée et la rébellion séparatiste dans l’est de l’Ukraine. Une décision qui inquiète les défenseurs de la liberté de parole.

« Inter a craché au visage de tous les Ukrainiens et sur les tombes des 4700 morts ukrainiens sur le front de l’est depuis la mi-avril. ». C’est en ces mots que le blogger Serguiï Ivanov, très populaire dans le pays, s’est emporté au sujet du traditionnel show du nouvel an diffusé par Inter.

Pour le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense ukrainien, Olexandre Tourtchinov, la participation au concert de Iossif Kobzon et de Valeria, figures de la chanson ouvertement pro-Poutine, relève de la provocation étant donné le contexte tendu entre Kiev et Moscou. C’est pourquoi Tourtchinov a demandé, vendredi 2 janvier, au Conseil national de l’audiovisuel de «priver de licence la chaîne Inter qui mène une guerre médiatique contre son propre pays».

Vendredi 2 janvier, la chaîne a quant à elle a qualifié les attaques dont elle est la cible de « provocations et de pressions politiques sur les médias », tout en taclant ses détracteurs en leur faisant remarquer que son show de Nouvel An ait été « le plus regardé » en Ukraine, avançant un chiffre de 11 millions de téléspectateurs.

Le 3 janvier, la chaîne de télévision russe « Russia Today » est revenue pour sa part sur ce qu’elle a titré « lynchage de journalistes russes par des ultra-nationalistes ». Une vidéo montre en plan resserré des marcheurs agiter des flambeaux en hurlant « Allons brûler Inter ! ».

La chaîne, connue pour ses prises de position pro Viktor Ianoukovitch avant sa fuite en Russie en février, est régulièrement accusée d’être le porte-voix de la propagande russe en Ukraine.

Il faut dire qu’elle est est contrôlée par l’oligarque prorusse Dmytro Firtach, député d’opposition et ex-chef de l’administration de Viktor Ianoukovitch, Serguiï Levotchkine, et la chaîne publique russe de télévision Pervy Kanal (Canal Premier), dont les journalistes injurient fréquemment à l’antenne les autorités ukrainiennes pro-européennes de « fascistes ».

Mais, faut-il limiter la liberté des médias au nom des intérêts sécuritaires de l’Ukraine ? La société ukrainienne se demande si la censure est effectivement la meilleure des réponses à la propagande russe. L’épisode du nouvel an  de la chaine de télévision Inter n’est qu’une péripétie parmi d’autres.

Pression sur les médias russophiles

Depuis septembre, quinze chaînes russophones se sont vues suspendre leur diffusion en Ukraine, le temps que la justice conduise diverses enquêtes pour « incitation à la haine », « atteinte à la sécurité nationale », ou « séparatisme ». Ces initiatives, les autorités ukrainiennes les justifient par ce qu’elles estiment révéler de la nécessité de contrer la guerre de propagande menée par les médias russes à propos du conflit dans le Donbass.

La presse écrite est également frappée par la censure. Récemment, les bureaux de Vesti, le principal journal russophone du pays, ont été perquisitionnés à Kiev. Par ailleurs, fin 2014, dix journalistes russes  se sont vus interdits d’entrée dans le territoire.

A cela s’ajoute la création le 2 décembre dernier d’un ministère de l’Information. L’OSCE (l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) a affiché sa désapprobation, dénonçant une « menace claire pour la liberté des médias ». Un an après Maïdan.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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