A Villejuif, le maire UMP veut réécrire l’histoire commune

Maire UMP de Villejuif depuis mars 2014, Franck Le Bohellec a fait voter une délibération de rebaptiser, non sans une cavalière ironie, le parvis « Georges Marchais » parvis « Georges Mathé », du nom d’un cancérologue d’obédience gaullienne qui a exercé un temps dans la ville. Une façon de réécrire l’histoire commune.

 

L’ouvrier métallurgiste Georges Marchais, présent au premier plan du paysage politique français de 1972 à 1994,  est aussi une singulière figure de Villejuif, commune val-de-marnaise dont il fut député-maire de 1973 à 1997. Un fait qui déplait à Frank Le Bohellec, l’actuel édile, bien enclin à arracher illico presto la pancarte qui rend hommage à l’homme politique communiste.

France: Georges Marchais square renamed Georges Mathé square in Villejuif

Mémoire commune

« Ne touchez pas à la Place Georges Marchais ! Son nom appartient à l’Histoire politique du pays. » interrompait sur Twitter ce matin Elkabbach à l’attention de l’actuel maire de Villejuif. Le journaliste se souvient d’achoppements houleux en plateau avec le défunt dirigent du PCF. Il se souvient de sa raideur et de ses prises de positions contestables. Mais, estime t-il, les aigreurs personnelles et la façon dont les équipes municipales qui se succèdent apprécient le rôle de Marchais ne justifient pas que son nom disparaisse du plan de la ville dont il fut le maire emblématique.

Plus profondément, la décision de débaptiser le parvis Georges Marchais à Villejuif signale le rejet de tout un pan de l’histoire de la France. Les communistes français, dont l’action et l’influence politique, intellectuelle et culturelle ont été constitutives de l’histoire de la nation,  n’ont pas à disparaitre de la mémoire commune pour autant que l’éclatement des régimes soviétiques d’Europe de l’Est en aurait discrédité l’actualité.

Renommer cette place sous prétexte que Marchais était communiste est une abjection au plan historiographique, au regard du rôle crucial des communistes français dans la Résistance  et dans la constitution de l’espace social français de l’Après-Guerre. A Villejuif, on connait par exemple le nom et l’oeuvre d’un certain Louis Aragon.

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Passer Marchais à la trappe, c’est dissoudre tout un pan de l’ histoire politique, intellectuelle et culturelle du pays.

Il faut comprendre aussi que passer Marchais à la trappe, c’est dissoudre des esprits quasiment un demi-siècle de la vie du pays : si les générations futures ignorent tout du personnage, il est à prévoir qu’on ne puisse bientôt guère non plus leur parler du gaullisme, ni d’ailleurs du RPR, ancêtre de l’UMP, car cela ne ferait évidemment plus aucun sens. Il suffit de passer une partie de l’histoire sous le silence de l’oubli et du mépris pour que la seconde s’écroule en même temps.

Enfin, à la manière de Frank Le Bohellec, doit-on renommer à la guise du goût du jour les stations de métro de Paris qui portent le nom des Révolutionnaires  de 1789, les boulevards des maréchaux de l’empereur Bonaparte et toutes les gares de France encensées de patronymes saints  ?

Liliane Marchais, la veuve de l’ex-dirigeant communiste, a fait appel à la justice pour revenir sur la décision du nouveau maire. Et éviter qu’on ne vive dans l’amnésie collective.

 

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - aussi à la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...). SITE PERSO : claraschmelck.com

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