Jean-Marie Charon : « Les publics attendent des repères »

– LES ENTRETIENS DU PRINTEMPS DES MEDIAS – 

visuel Printemps des Médias
La première critique autour des médias qui bourgeonnent aura lieu le 27 juin au Numa à Paris. Intégrales Mag est co-organisateur de l’événement qui réunira journalistes, chercheurs, communicants, institutionnels… autour de conférences, d’une table ronde et d’ateliers participatifs.

Quand la ministre de la culture et de la communication demande à Jean-Marie Charon de lui dépeindre le paysage actuel de la presse, le sociologue des médias revient avec « Presse et numérique – L’invention d’un nouvel écosystème » sous le bras. « innovation – expérimentation – attraction » : c’est ainsi qu’il faut voir l’évolution du modèle économique de la presse à l’heure du numérique, défend le rapporteur qui, sans s’éprendre d’un optimisme exacerbé, voit dans cette lecture dynamique des mutations dans les médias les conditions d’une possible action publique pour valoriser la presse en France.

◼︎ Clara Schmelck, Intégrales Mag« Innovation – expérimentation – attraction  : c’est ainsi qu’il faut voir l’évolution du modèle économique à l’heure du numérique » avez-vous expliqué à Fleur Pellerin dans le rapport le  sociologue des médias dans  le rapport sur l’écosystème des médias  qu’elle vous avait confié Fleur Pellerin en novembre 2014. Comment justifiez-vous cette approche ?

Jean-Marie Charon, sociologue des médias :

La presse écrite est à un tournant. Le modèle économique de la presse imprimée est cassé, à commencer par celui des quotidiens. Il n’y aura pas de retour en arrière, face à la baisse des ressources publicitaire et à la conviction pour un large public que toute information purement factuelle à vocation à être gratuite. Fallait-il se contenter d’un tel constat ou au contraire repérer et valoriser les nouvelles pousses, celles d’un nouveau média d’information multisupport, l’imprimé n’en étant plus qu’une composante ?

Ce média est à inventer ce qui passe par de la veille, de la recherche, de l’expérimentation, clé d’une innovation dans la durée. Il passe aussi par le développement de tout un écosystème dans lequel interagissent nouveaux éditeurs (pure players), éditeurs de presse, fournisseurs de contenus, start-up intervenant dans l’information et le service (développement, financement, plateformes multiéditeurs, etc.). Cette innovation a besoin de talents dans l’éditorial, le visuel, l’informatique, le commercial, d’où cet enjeu de l’attractivité.

◼︎ CS : Dans un  paysage saturé par les fournisseurs d’accès internet (FAI), les moteurs de recherche, à commencer par Google, les plateformes d’échange (musique, vidéo) et les réseaux sociaux, que peuvent bien espérer et attendre, selon vous, ces néo-entrepreneurs et souvent aussi néo-journalistes ?

J-M Charon : Les publics échangent, interviennent, créent sur les réseaux, mais ils attendent aussi des repères, des recommandations, de la hiérarchisation, des alertes, etc. Autrement dit ce qui distingue le journalisme et la presse ce ne sont plus la technique ou une compétence supposée, mais une activité de médiation entre le monde, l’univers foisonnant des réseaux et chacun d’entre nous.

C’est tout l’enjeu de la création et de l’innovation éditoriale qu’expriment bien l’éventail des pure players d’information, ainsi que les nouvelles offres des éditeurs de presse, en même temps que nombre de start-up sont autant de poil à gratter et de stimulant dans cette mutation du journalisme et de l’information.

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Jean-Marie Charon : « la presse est en pleine effervescence » Photo : CS; Intégrales Mag

◼︎ CS : Vous estimez qu’il est nécessaire d’innover et expérimenter alors que les moyens font défaut. Comment solutionner cette contradiction apparente ?

J-M Charon C’est vrai que les capitaux et les investissements se font rares vis-à-vis de la presse écrite, comme le montre l’effondrement des prix des entreprises. Toute autre est à la situation à l’égard de ceux qui innovent sur le numérique et je n’en doute pas de plus en plus ceux qui innovent dans l’articulation des différents supports, y compris l’imprimé. Les investisseurs traditionnels ne sont plus seuls, une partie du public se mobilisent sur des projets de création, de transformation, voire de développement.

Des plateformes de crowdfunding se développent sur cette idée. D’autres formules juridiques sont certainement à trouver, qui donnent leur place aux publics. Il y a certainement à imaginer un nouveau contrat entre les éditeurs et leurs publics, au moment où ces derniers peuvent apporter des nouvelles (sous toutes les formes), proposer des expertises et des commentaires, recommander un article ou un service sur les réseaux sociaux, participer au financement d’une approche éditoriale.

◼︎ CS : Professeur d’économie à Sciences-Po Paris, Julia Cagé a inventé un modèle juridique qui prétend « sauver les médias », comme l’indique le titre éponyme de son ouvrage publié par La République des idées. Que pensez-vous de sa proposition de « société de média » à mi-chemin entre la société par actions et la fondation ?

J-M Charon : Précisément, la formule des « sociétés de médias » s’inscrit dans ce mouvement d’idées qui doit permettre d’asseoir une nouvelle génération d’entreprises d’édition d’information. Là aussi il faut chercher, expérimenter, sans peut-être imaginer à priori qu’une formule réglera tous les problèmes.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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