Bulent Kilic : « ‘La scène à laquelle j’assiste dépasse l’imagination »

Akcakale , en Turquie , le 15 Juin , 2015.  L’un des plus grand exodes que l’humanité ait jamais connu est entrain de se produire depuis une semaine à la frontière de plus en plus étroite entre la Turquie et la Syrie. A travers sa série de photographie « Fuir la Syrie par le trou d’une aiguille », le reporter Bülent Kiliç raconte une scène où les Syriens réussissent à abattre un pan entier de la clôture, ou à l’escalader. 

Quatre ans que le reporter témoignait en photographiant les journalistes syriens. Il a assisté à la bataille de Kobané, qui avait provoqué l’exode de 200.000 personnes. Et pourtant,  « Je n’avais encore jamais vu une chose pareille, des milliers de personnes qui fuient désespérément leur pays à travers une brèche aussi exiguë », écrit Bülent Kiliç sur le blog de l’Agence France-Presse, « AFP Making OF ». 

 Des milliers d’habitants ont fui les combats qui la ville syrienne de Tal Abyad , où les forces kurdes se battent contre les djihadistes de l’organisation Etat ​​islamique pour le contrôle de la cité . Ils ont l’espoir de rejoindre les 1,8 milllions réfugiés syriens déjà fixés en Turquie. 13 500 d’entre eux viennent de Tal Abyad , mais ces derniers jours, Ankara, craignant un nouvel afflux massif de personnes, avait fermé la frontière.

 Ces personnes, qui, comme l’exprimera Simon Guillemin dans L’Obs, donnent l’impression d’un banc de saumons remontant une rivière, sont dépossédés des droits humains.

 Déchus de leur statut social, de leur profession, de leur opinion, de leur moyen d’action, ils ne peuvent plus se donner une identité ou une spécificité. Ils deviennent des hommes en général, des « migrants », des « réfugiés », au choix d’une périphrase.

La force des photographie de Bülent Kiliç  est représenter la propre et absolument unique individualité de chaque personne, dont les circonstances de l’exode les a pourtant privée. Sous le geste de Bulent Kilic​, les réfugiés syriens ne sont pas un afflux d’hommes; ce sont ce père qui entoure son bébé, ces deux enfants dont les pieds surmontent les barbelés, qui, soudain, retrouvent la possibilité de s’exprimer.  D’agir, même. Les images du reporter de l’AFP, reprises par la presse du monde entier, ont afflué le soir même sur les réseaux sociaux et pourraient influencer les décisions politiques prises par Ankara sur le sort des réfugiés Syriens d’une guerre qui n’en finit pas.

Photo : AFP

Des Syriens fuyant les combats entre le groupe Etat islamique et les forces kurdes à Tall Abyad franchissent la clôture frontalière pour se réfugier en Turquie, le 14 juin 2015 (Photo : AFP / Bülent Kiliç)

 

 

 

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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