Emmanuel Macron et le Philosophe Roi

Se risquer à un élan de philosophie politique quand on est au sommet de l’Etat relève t-il d’un jeu téméraire ? Dans un entretien à l’hebdomadaire Le 1, paru ce mercredi 8 juillet , le ministre de l’économie a crée la polémique en revenant à sa façon sur l’émergence de la démocratie républicaine en France.

«La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude car elle ne se suffit pas à elle-même», avance Emmanuel Macron dans les colonnes du 1, avant de dérouler son raisonnement en ces deux arguments : « je pense que les Français n’ont «pas voulu la mort du roi» ;  et « La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures: ce sont les moment napoléonien et gaulliste, notamment».

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Emmanuel Macron s’exprime là en élève d’Ernst Kantorowicz, qui, dans Les Deux Corps du Roi, scrute le «mystère de l’État», concentré dans la métaphore des deux corps du roi : le mystère de l’émergence, dans le contexte des monarchies entre Xe et XVIIe siècle, au travers et au-delà de la personne physique du Prince. Notre attention est fixée sur la fiction du roi considéré comme une  » corporation unitaire » : le roi a en lui deux corps, c’est à dire un corps naturel et un corps politique, de sorte que le corps du roi est l’incorporation unitaire de celui-ci dans celui-là. Le corps individuel du roi se double ainsi d’un super-corps royal fictionnel qui lui est uni de façon mystérieuse.

Macron trublion 

Face à cette lecture discutable mais somme-toute très classique de l’histoire de la Nation, les réactions médiatiques ne se sont pas fait attendre. Sauf qu’au lieu de convier le ministre à un débat épistémologique, trois titres orientés à droite, Le Figaro, Le Point et L’Express, ont isolé des bribes du propos d’Emmanuel Macron pour faire de lui un iconoclaste de la République, un trublion néo-royaliste égaré dans un gouvernement socialiste :

« Le ministre de l’Economie soutient qu’il « nous manque un roi » en France. », s’affole L’Express.

Le Scan du Figaro interprète à son tour le propos du ministre de la République française comme la preuve d’une sorte de royalisme refoulé : « Le roi n’est plus là, se désole Emmanuel Macron », désigné à plusieurs reprises par la périphrase « l’ancien banquier », comme si sensibilité royaliste allait nécessairement de paire avec banque d’affaire et Restauration.

 La palme revient à l’hebdomadaire Le Point, qui s’amuse de lire un « Emmanuel Macron, plus royaliste que socialiste ».

L’interprétation proposée par le ministre au sujet des récents mouvements populaires qui signalent une crise de la démocratie (Bonnets Rouges, Zadistes…) s’adosse à une vision de la République contestable. Mais, elle n’a rien à voir avec le royalisme militant de ceux qui souhaitent « la mort de la Gueuse » , et encore moins avec les dires des prétendants au trône de France qui comparaient récemment la Terreur de 1793 avec les actes commis par l’organisation terroriste « Etat Islamique ».

Ce que met au jour Emmanuel Macron dans l’hebdomadaire d’Eric Fottorino, c’est qu’on ne peut pas couper la tête aux symboles. L’occasion de nous replonger dans La République de Platon, où il est question de Roi philosophe et de Philosophe Roi…

 

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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