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Barack Obama se recueille devant le Bataclan : analyse d’une photographie

Trois bustes qui se suivent par ordre de hauteur découpent le noir de la nuit parisienne. A la veille de la COP21, sommet pour le Climat, la maire de la ville de Paris, le président de la République française et le président des États-Unis d’Amérique se sont rendus devant le Bataclan.

Droits, les yeux rivés vers le sol où se serrent la cire blanche des bougies funestes, des fleurs froides et des drapeaux en berne, ils se recueillent.

12299335_949921478402845_7269156849379687273_n (Photo : Élysée, via Instagram)

A peine arrivé de Washington à bord d’Air Force One, peu avant minuit, Barack Obama a insisté pour se rendre directement vers ce lieu de fête où le 13 novembre au soir, trois terroristes ont tiré dans la foule avant de se faire exploser, tuant 90 personnes.

On peut lire dans le silence des trois chefs politiques l’expression contradictoire de l’hommage et de la colère, de la prière et de la résolution, comme si les trois figures étaient déchirées entre le ciel et la terre, tout en assumant ensemble cette nouvelle humaine condition.


Depuis la nuit d’horreur, le président américain a multiplié les gestes de solidarité avec la France. Quelques heures à peine après les attentats, il fustigeait, depuis la Maison Blanche, une attaque visant « toute l’humanité et nos valeurs universelles ». Onze jours plus tard, alors qu’il recevait le président Hollande dans le Bureau ovale, il rappelait les moments de l’Histoire qui lie les deux nations. « Vous nous avez aidés à gagner notre indépendance, nous avons aidé les Français à se libérer du fascisme. » ,  avant de conclure, dans la langue de Voltaire et de Montesquieu : « Nous sommes tous Français ».
Le président de la France est au milieu de l’image, et son regard en forme le centre symétrique. Il reçoit sur sa joue l’ombre angulaire du visage de son homologue américain.

Le plan serré du cliché, dénué de hors champ, n’est pas sans résonner avec la photographie des Jeux Olympiques de Mexico 1968, où deux athlètes noirs américains, Tommie Smith et John Carlos, fléchissent la tête et lèvent un poing durant l’hymne américain. Ils souhaitaient par ce geste montrer au monde leur lutte contre l’oppression du racisme. Aujourd’hui, c’est de l’oppression du terrorisme fondamentaliste de l’EI dont il faut triompher. Et il y a bien dans la douleur des trois regards, dont le parallèle exprime la concorde, la volonté de triompher malgré tout, de vaincre la terreur. Reste à voir si ces alliés parviendront à lutter contre l’ennemi commun sans s’écarter de la voie démocratique, car non seulement il n’y a pas de contradiction entre les principes démocratiques et la lutte contre la violence, mais c’est justement pour ces principes que l’on se bat.

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Pour des raisons de sécurité, la visite du « mémorial » de République n’avait pas été annoncée à l’avance par la Maison Blanche, et il s’agissait de ne pas s’attarder sur les lieux. On sent sur la photographie la gravité de l’instant. Le détour à République n’ayant pas été programmé, cette image ne devait pas figurer dans l’Histoire. Elle sera pourtant un des symboles de l’Après 13 Novembre. Le signe de la victoire de l’esprit sur le destin.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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