Yannis Behrakis, photographe des naufragés

Il a capturé les visages décomposés par l’implosion financière en Grèce, avant de se faire témoin du long périple des arrivants Syriens sur les plages helléniques. Ses images racontent les histoires de personnes, qui, après avoir tout perdu, flottent dans l’incertitude, mais ne cèdent pas au découragement de ne pas se révolter quand violences leur sont infligées. Yannis Behrakis, reporter des naufragés, a été choisi photographe de l’année 2015 par The Guardian.

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« Le plus grand combat a été l’implication émotionnelle … il était tellement triste de voir la même chose encore et encore », explique le photoreporter grec au Guardian, lequel vient de lui décerner le prix du photographe de l’année 2015.

« La même chose », ce sont des gens démunis, des yeux ahuris et des mains qui essayent de sauver ce qu’elles peuvent. La Grèce de 2015 est un symbole à elle toute seule des crises qui secouent l’humanité depuis le début de la décennie. Aux printemps Arabes ont succédé l’été des mouvances fondamentalistes, entraînant des milliers de famille sur les routes maritimes de fortune. Dans les villes, la crise financière a jeté des familles dans l’incertitude. Vont-elles devoir migrer, elles aussi ?

Foule en colère

Le travail de Yanis Behrakis se distingue par une volonté de montrer la résistance des personnes fragilisées face aux violences qui leurs sont infligées.

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La pose d’une clôture métallique par la Macédoine à sa frontière avec la Grèce a crée des tensions avec les réfugiés qui cherchent à gagner l’Europe de l’Ouest. Samedi 29 novembre, un homme a été gravement brûlé par électrocution et quatre policiers macédoniens ont été blessés. Sans la couverture de ce fait par Yanis Behrakis, le monde n’aurait pas su que la police macédonienne avait fait usage samedi de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes pour disperser une manifestation de migrants bloqués plusieurs jours durant au poste frontière d’Idomeni situé au nord de la Grèce, des migrants qui réclamaient de pouvoir rejoindre l’Europe de l’Ouest. « De nouvelles violences se sont produites samedi après qu’un homme, sans doute un ressortissant marocain, a été électrocuté et gravement brûlé en tentant de monter sur le toit d’un wagon. Une foule en colère s’est alors dirigée vers les cordons de la police macédonienne en lançant des pierres, avait rapporté le photographe grec à Reuters.

Le journaliste a ainsi sensibilisé l’opinion aux nouvelles restrictions imposées depuis novembre par les autorités de Macédoine, qui n’autorisent que le passage des réfugiés syriens, irakiens et afghans, provoquant la colère d’autres candidats à l’exil originaires d’Iran, du Pakistan ou du Maroc. Cette colère de la foule était encore relativement tue par les médias, souvent plus enclins à montrer la situation des migrants sous l’angle du désarroi et du désastre.

Le journaliste perçoit aussi les moindres oscillations d’espoir, comme ce jour où il photographiait un radeau quand il remarqua un mouvement dans l’eau. Il pensa que quelqu’un avait sauté par-dessus bord. C’était un dauphin qui avait sauté presque en face du radeau, comme si l’animal marin voulait montrer la voie en se félicitant de personnes survivantes ».

Un million de déplacés

En 2015, plus d’un millions de personnes sont arrivées sans visa valable sur le sol de l’Union Européenne, de nombreuses associations sur le terrain cherchent à alerter l’opinion publique des conditions de vie réservées aux migrants et aux réfugiés de la « jungle » de Calais, en France.

La pétition publiée par Change fait état de  » cinq à six mille femmes, hommes et enfants, épuisés par un terrible voyage, laissés à eux-mêmes dans des bidonvilles, avec un maigre repas par jour, un accès quasi impossible une douche ou à des toilettes, une épidémie de gale dévastatrice, des blessures douloureuses, des abcès dentaires non soignés. Et les viols des femmes. Les enfants laissés à eux-mêmes dans les détritus. » Les associations dénoncent par ailleurs « les violences policières presque routinières », auxquelles s’ajoutent « les ratonnades organisées par des militants d’extrême-droite ». Comme si ces personnes déplacées étaient privées du droit même d’avoir des droits.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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