« Génération What ? » : un autoportrait européen

Une gigantesque étude détaillée en 149 questions et lancée dans 12 pays de l’Union en 9 langues ambitionne de dresser le portrait des Européens de 18-34 ans avec pour méthode celle de laisser à une génération le soin de dessiner son propre portait. En mai, quatre documentaires de 52 minutes, diffusés sur France 4, viendront complémenter l’enquête. 

Ce n’est pas parce-qu’ils s’envoient tous des smileys à longueur de soirée sur Snapchat qu’ à 20 ans, ils voient leur vie et le monde de la même manière selon qu’ils grandissent à Marseille, à Cardiff ou à Berlin, et selon qu’ils fréquentent les boites de nuit de bord d’autoroute ou les bibliothèques des grandes capitales.

En 2013, dans le but d’aller par-delà le paravant d’une définition socio-marketing de toute une génération, France Télévisions avait lancé, avec Upian, Yami 2 Productions et les équipes documentaires de France 2 « Génération Quoi ? » en faisant le pari d’aller à la rencontre des jeunes pour les laisser se raconter eux-mêmes. Les 143 questions élaborées avec les sociologues Cécile Van de Velde, qui a fait une thèse sur le passage à l’âge adulte (EHESS) et Camille Peugny, spécialiste du phénomène du déclassement social  (université Paris VIII) donnaient enfin la parole à cette jeunesse avec pour seul cadre six entrées thématiques  : «Chacun pour moi», «Classée X», «Pôle emploi», «Indignés», «Accrocs», «Mort aux vieux».

« Generation What? » reprend ces six thèmes en étendant la démarche à échelle de l’Union Européenne. Il s’agit d’ « entendre toute une jeunesse qui ne cesse d’affronter les crises. Entendre pour comprendre comment on voit le monde d’aujourd’hui. Entendre pour essayer de déceler si, au sein de cette Europe tant décriée, la première génération véritablement européenne n’est pas déjà née. », interroge Voyelle Acker, directrice adjointe des Nouvelles Écritures et du Transmédia France Télévisions, dans un communiqué du groupe audiovisuel public.

En quelques mois, plus de 270 000 internautes se sont connectés à l’enquête en ligne, répondant à près de 24 millions de questions. Le projet a reçu le soutien l’Union européenne de radio-télévision (UER) et de 16 diffuseurs européens.

Au mois de mai, France 4 diffusera quatre documentaires de 52 minutes produit par Upian et Yami 2 Productions et réalisés par Simon Bouisson et Pierre Bourgeois. Coproduits par la France, l’Allemagne, le pays de Galles, la Belgique et le Luxembourg, ils vont à la rencontre des jeunes Européens à travers les fragments de leur vie. Dans chacun des films, 4 jeunes Européens s’expriment sur les thèmes des sentiments amoureux, de la famille, du travail et de la fête avec ses copains pour ceux qui vivent de telles expériences.

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Jeunesses à plusieurs vitesses

A travers l’Europe, plusieurs jeunesses se distinguent. Apprentis ou Étudiants entourés et aisés vs ados stagnant dans des filières indéterminées – du CAP au bac +8  ; startupers en pleine forme ou salariés biens dans leur job vs cadres ou employés épuisés ;  sempiternels intermittents ou sans-emplois ne voient pas leur avenir de la même manière. Ils n’ont pas les mêmes codes, les mêmes habitudes, ne côtoient pas les mêmes peurs, ne nourrissent pas les mêmes idées et ne caressent pas les mêmes rêves.

« Tous pourris ? » ; « Le sexe sans amour ? » ; « Pouvez-vous être heureux sans médias ? » Au moyen d’une batterie de 150 questions, la plate-forme Generation What , dont la version française es hébergée sur le site de France Télévisions, sonde la condition sociale des jeunes adultes Européens. Après avoir répondu aux questions, il est possible de visionner des témoignages thématiques ainsi que de comparer les pays scrutés.

Génération Quoi ?

Plus de 250 000 Français s’étaient  connectés à « Génération Quoi ? » pour exprimer leur opinion et se comparer. Ils avaient ainsi répondu à près de 23 millions de questions. Le constat a été sans équivoque : cette jeunesse considère que la société ne lui donne pas les moyens de montrer ce dont elle est capable (à 70 %), qu’elle ne fait plus vraiment confiance aux principales institutions (éducation nationale, médias, politiques) et qu’elle est prête (à 61 %) à participer à un mouvement de révolte de grande ampleur. « Au pire, on fera une révolution ! », lançait une jeune fille dans le documentaire « Génération Quoi » diffusé en octobre 2013 dans Infrarouge sur France 2.

Trois ans plus tard, le mouvement parisien #NuitDebout, qui certes avance en un magma informe  eu égard des revendications qui en émane –  imprécises, souvent contradictoires et éclatées, se réplique toutefois à travers toutes les villes d’Europe avec la spontanéité et l’inconfort des secousses terrestres.

A en croire le nuage de mots généré à partir des premiers résultats de l’enquête en France, la Génération Internet serait la génération « Perdue », « Sacrifiée », Blasée ».  Mais aussi, et c’est ce qui apparait en tout petits caractères, celle « Du changement ».

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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