Info : que veulent les ados ?

Le 12 mai 2016 de 19h à 21h30, NUMA Paris co-organise* et accueille la deuxième édition du Printemps des médias. Chaque printemps, l’événement fait dialoguer ensemble  de nombreux acteurs des médias autour des initiatives et des tendances qui bourgeonnent. Cette année, la table ronde s’articulera autour de la thématique : « Info : que veulent les ados ?« .1914507_1086721754694041_3778063148895883859_n 

Péril jeune

Aux USA, les Millenials représentent pour les médias 75,4 millions d’utilisateurs potentiels, soit davantage que la population entière de la France – pays où la fameuse Génération Y correspond à 8,18 millions de jeunes de 16 à 25 ans, soit 12,7% de la population (INSEE). Un poids démographique qui a de quoi inquiéter aussi bien les groupes de presse à la recherche de modèles économiques viables, que les journalistes dans les rédactions, qui entendent s’adresser à des lecteurs, des auditeurs et des téléspectateurs : en 2016, les jeunes passeraient la journée à survoler des contenus sur les applis et les réseaux sociaux qu’à lire les journaux et à regarder la télévision. Cette cible mouvante, dont l’attention aux contenus informatifs ou divertissants est « clignotante », pour reprendre l’expression du philosophe Edgar Morin, semble s’éloigner  des kiosques et des téléviseurs au fur et à mesure que les années avancent.

Comme le résume Éric Scherer, le directeur de la prospective de France Télévisions, « La radio annonçait, la télévision montrait, la presse expliquait. Aujourd‘hui, la notification sur iPhone annonce, les réseaux sociaux montrent, la vidéo en ligne explique« . Sur la version mobile de Facebook, il y a à la fois des notifications, des newsfeeds où l’actualité est présentée de manière personnalisée, et 8 milliards de vidéos vues quotidiennement. En 2015, 44% des 13-18 ans ne lisent pas les journaux, et ne consomment l’information qu’à condition qu’elle ait une destination sociale.

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Vers le tout vidéo ?

C’est pourtant dans ce contexte que deux médias de moins de deux ans ont réussi à rencontrer un succès chez les ados dans l’Hexagone : Spicee, qui vise 25 000 abonnés d’ici 3 ans, et Mashable France piloté par France 24, arrivé en mars. Pour Alexandre Michelin, qui a pris les rênes de Spicee, il ne suffit pas de dire que la valeur, c’est la vidéo. Les jeunes, tout autant que les 24-60 ans et les seniors, réclament la cohérence.    « Si beaucoup de vidéos viennent d’éditeurs traditionnels ou des youtubeurs, très peu sont issues de professionnels et faites pour le web. C’est là notre atout. Notre force est aussi de détenir des droits que nous maîtrisons totalement. », explicite t-il. Matthieu Viala, CEO de Makever, une société française qui produit des youtubers entairtainement (beauté, lifetyle…) va dans le même sens : les ados ne consomment pas des contenus vidéo simplement parce-que le device mobile rend plus aisé la lecture de vidéos que celle de longs textes. Ils voient dans ce format qui sort des cadres de l’article rédigé une manière innovante d’informer : plus spontanée, plus participative, plus imaginative  — quand bien même il s’agit d’info-divertissement.

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Un pote sera toujours plus crédible qu’un média

Plus profondément, ce sont moins les supports, les formats et les technologies qui expliquent la faille entre les jeunes et les médias que les représentations dont les jeunes font l’objet dans les médias. Des médias qui s’adressent aux jeunes érigent  en modèle un lifestyle pop standardisé à coups de selfies et d’émoticônes auquel tous ne s’identifient pas. Or, contrairement à ce que l’on serait enclin à penser,  les 15-24 ne cherchent pas sciemment du « contenu pour jeunes » ou des « médias qui parlent aux jeunes« , voire, encore pire « des médias qui essayent de parler jeune« . Comme le fait remarquer Yvan Boudillet, Director, Consumer Strategy chez Warner Music France, les ados voient moins dans les MCN (Multi Chanel Networks, à l’instar des chaînes Youtube) des marqueurs socio-générationnels que l’opportunité d’accéder à des contenus trans-générationnels, qui offrent de rencontrer des gens de tous horizons.

Et, lorsqu’il s’agit de parler des jeunes, les marques médias traditionnelles cèdent souvent à la facilité de dépeindre la jeunesse à travers des épiphénomènes érigés en vérités générales par les journalistes, comme l’observe Nicolas Becquet dans L’info et les jeunes, le grand malentendu.

D’où ce que l’on pourrait appeler « la tentation du complot » : d’un « les médias ne nous comprennent pas », on glisse vers un « journaux et télés nous mentent », observe Thomas Huchon, journaliste à Spicee et « conspi-hunter ». Sans aller jusqu’au scepticisme extrême vis à vis des médias institués, un pote sera toujours plus crédible qu’un média.

UnknownAlors, comment les rédactions peuvent combler ces manquements pour continuer à faire comprendre le monde aux ados et à leur inspirer des idées. Peut-être en étant hyper-locales et hyper-connectées à la fois, impliquant les lecteurs dans le processus de fabrication de l’information, comme le prouvent notamment l’Atelier des Médias de RFI à Paris ou encore le Lab Davanac de Damien Van Achter en Belgique.

Participatives, les rédactions de demain sont en même temps amenées à être de plus en plus hybrides pour éviter le décochage. Or, en 2016, une logique en silo domine encore : c’est « texte » ou « vidéo ». La catégorie de « vidéo » est pourtant devenue trop générale, note le journaliste et designer belge Skan Triki. Par exemple, lorsqu’il s’agit de relater la cavale des terroristes à Molenbeeck, préférer le mode du slow motion ou la reconstitution cinématographique relève de choix éditoriaux très différents.

ydrsdContenus et contenants 

La table ronde du Printemps des médias discutera contenus, mais aussi contenants. Analyser les structures des interfaces permet d’entrevoir comment le net aide à entrer en contact avec les autres à travers la découverte et l’approfondissement de sujets auxquels les jeunes internautes/mobinautes n’avaient pas d’affinité a priori. A cet égard, l’analyse de la data est un apport indispensable pour mieux identifier et anticiper les attentes des 15/24 ans. Pour Laura Ghebali, chercheuse au CNAM, il est souhaitable que les rédactions puissent coordonner leurs travaux éditoriaux avec les expertises d’ingénieurs de la donnée. Cela permettrait de re-cibler les audiences en ciblant les plateformes sur lesquelles elles sont actives, et d’augmenter ainsi le taux de conversion des utilisateurs en les fidélisant.

« Big Fish », un outil d’analyse scientifique dans lequel Weborama a investi, en 2015, 14 % de son chiffre d’affaires, permet de visualiser ce qui se dit en temps réel sur Internet, sur les réseaux sociaux, etc. à propos d’une marque ou d’un sujet. Il permet ainsi de recruter des communautés, d’observer l’affinité du public avec un produit, d’observer la concurrence, de mettre au point de nouveaux produits et de nouvelles offres, puis d’adapter une campagne en fonction de ces observations. Weborama travaille sur la DMP du Parisien, de L’Equipe et des Echos.

PicShellsJournalistes évacués ? 

Et les journalistes, dans tout ça ? Évacués par les vagues de digital natives ? « Le futur de l’information passe désormais par des collectifs d’experts réunis autour d’événements, par de nouveaux formats narratifs visuels, par le design de services – et pas seulement de contenus- conformes aux besoins d’une société en pleine mutation. Dans cette transition, les journalistes (…) doivent non seulement utiliser bien plus les outils numériques et les nouvelles technologies, mais aussi accepter de repenser la manière dont ils conçoivent leur rôle, de partager leur mission, de collaborer dans des process qui font leur preuve dans le monde des start-ups. » répond Eric Scherer, dans Il nous faut des journalistes designers. A débattre !

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Numa, un développement à l’international 

Ladies-Code_span5Après la Russie (Moscou), le Maroc (Casablanca), l’Inde (Bengaluru), NUMA, une structure parisienne née en 2013 et  qui  mêle espace de co-working, accélérateur de start-up et formations, a récemment inauguré un espace de 1.000 mètres carrés au cœur de Mexico en partenariat avec Venture Institute, une plate-forme d’innovation mexicaine. Frédéric Oru, directeur international de Numa vise l’ouverture dans une quinzaine de pays d’ici à 2019. Une porte ouverte sur le monde pour le Printemps des Médias.

* Organisateurs du Printemps des médias : 
Adrien Laville, Events&Community, NUMA – pour la communication
Clara Schmelck, Philosophe, journaliste, Intégrales/Socialter – pour l’éditorial
Skan Triki, Designer, développeur, journaliste, Le Soir-  pour le design

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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