Comment Twitter va devenir le réseau social des thésards

Twitter, plateforme sociale privilégiée des CSP+, ne permet pas seulement à un nombre croissant d’universitaires de donner un vague écho à leurs travaux de recherche. Laura Ghebali, une jeune chercheuse au CNAM, est en train de faire de Twitter un outil de partage précis et en temps voulu des travaux scientifiques.

Au delà de la vulgarisation : le partage en temps réel

Les médias d’information l’ont bien compris : il ne suffit pas de diffuser un contenu sur les réseaux sociaux les plus populaires pour qu’un article soit véritablement lu et commenté de manière constructive par les lecteurs mobinautes. Un contenu livré à l’ensemble d’une communauté en bloc à n’importe quelle heure de la journée attire moins qu’un contenu personnalisé, recomposé et amené sous la forme d’un dialogue.

Faire dialoguer le lecteur avec les informations : c’est le but de l’application du site d’information Quartz, lancée début février 2016, qui reprend l’ergonomie d’un service de messagerie. Le site distribue au fur et à mesure de la journée des informations sous la forme d’un message, d’un GIF, d’une photo ou d’un lien. Le lecteur est ainsi stimulé pour demander à en savoir plus sur telle ou telle information grâce à des réponses prédéfinies, puis être redirigé vers un article complet.

Laura Ghebali
Laura Ghebali

Ma thèse en 25 tweets

Cette démarche, une doctorants a décidé de l’adapter à l’échelle de son travail de recherche de IIIè cycle, qui porte justement sur le management des réseaux sociaux. Après avoir présenté devant un public de non initiés sa thèse en 3 minutes à l’occasion du concours de la comu heSam, Laura Ghebali, 26 ans, chercheuse au CNAM, a décidé de travailler son texte en 25 tweets. L’idée est de poursuivre l’effort de vulgarisation par un travail de partage du contenu en temps voulu (c’est à dire en temps réel du point de vue du temps vécu par le twitto). L’exercice est d’une plus grand précision encore.

Il s’agit de faire comprendre l’intérêt et les grands problème d’une thèse de centaines de pages à un plus grand nombre de personnes que l’audience habituelle d’un travail scientifique, mais cela au moment où les gens sont prêts à l’écouter et à réagir, et point par point, sans toutefois casser l’axe directeur de la thèse. Le sujet, « Management et réseaux sociaux: la compétence de curation comme élément stratégique de l’organisation moderne », se prêtait particulièrement bien à cette migration innovante sur Twitter.

Twitter a la particularité d’être une plateforme de Micro-blogging qui est en même temps réseau social et messagerie ouverte. Chaque utilisateur y vient au moment qui lui semble opportun. Il offre donc cette possibilité de réagir de manière à la fois spontanée et appropriée à un contenu.

Haute volée

Avantage de privilégier Twitter pour partager un travail doctoral : l’oiseau bleu vole relativement haut. Avec sa contrainte des 140 caractères, « Twitter est le lieu d’expression des leaders d’opinion, bâtie depuis le départ sur la qualité des contenus et sur un usage professionnel», souligne Damien Viel, DG de Twitter France, dans un entretien récemment donné à Stratégies. La caractéristique de cette audience, relève l’hebdomadaire, est qu’elle est à 43% composée de CSP+ (contre 29% pour Internet), autrement dit, une audience a priori plus réceptive que d’autres à des contenus à haute valeur ajoutée intellectuelle.

imagesL’interaction avec les lecteurs des tweets issus d’une thèse a donc plus de chance d’épargner au doctorant le pénible délayage d’opinions et les questions stériles, voire narquoises, types de trolling– que l’on retrouve souvent sur Facebook quand des contenus universitaires sont publiés depuis les walls des utilisateurs. Conséquence : « En présentant une thèse avec des mots clairs et de manière concise, l’interlocuteur sera en mesure de comprendre vos travaux de recherche et transmettre un message percutant à son réseau ! BINGO! Chacun de mes interlocuteurs devient un ambassadeur de ma thèse. », s’enthousiasme la chercheuse. La récompense d’un long travail de synthèse et de rhétorique  sur son texte scientifique initial.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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