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Intelligence ou habileté artificielle ?

L’Intelligence Artificielle se développe et nourrit des craintes de plus en plus vives tant sur le plan de l’éthique que sur le plan économique. Des organismes aussi intelligents que les humains conçus par eux vont-ils leur prendre leur travail  ? 

Lors de sa conférence annuelle d’ouverture de Google I/O, qui s’est déroulée à San Francisco du 18 au 20 mai, la firme de Mountain View a déployé sa stratégie dans la VR avec « Daydream », extension d’Android à la réalité virtuelle. Ce week-end, la fédération japonaise de gymnastique et Fujitsu se sont associés pour mettre au point une IA de notation automatisée des gymnastes d’abord réservée à l’entraînement, mais clairement dans la perspective des JO de Tokyo. Va t-on confier des pouvoirs de décision à des robots, dont on disait jusqu’à présent qu’ils ne seraient bons qu’à exécuter des tâches ingrates délaissées par les humains ? Selon une étude réalisée par l’IFOP en janvier 2016, l’intelligence artificielle « caractérisée par l’autonomie croissante des machines (comme les drones armés ou la voiture Google) » inquiète 65 % des français sondés.

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L’essor des formes de calcul algorithmiques permises par les réseaux de neurones artificiels, la puissance des puces et les flux de données vont nous permettre, dans les vingt prochaines années, de nous immerger dans réalité virtuelle et augmentée. A l’internet du mobile va succéder l’internet expérimentiel.

Biomimétisme

Ce qui inquiète, c’est que l’intelligence artificielle est une technologie qui a permis de produire des robots qui sont davantage que de simples mécanismes. Une machine est un ensemble de corps qui sont déformables, qui peuvent prendre plusieurs rapports entre eux mais qui peuvent revenir à l’état identique. une machine n’est donc pas un pur mécanisme. C’est par résolution de problèmes qu’adviennent les objets technologiques, et c’est pourquoi nous appelons ces robots des intelligences artificielles.

L’analogie de l’’IA avec le cerveau humain est valable dans le sens où certaines caractéristiques du cerveau des mammifères sont imitées dans les réseaux de neurones, le machine et le deep learning. Pourtant, des différences fondamentales discriminent l’intelligence humaine et « celle » de la machine : la machine à une capacité de stockage et d’analyse d’immenses volumes d’information et par sa puissance de calcul brute, mais ne dispose pas d’autant de capteurs sensoriels que l’homme. Associés au cortex, ces capteurs procurent à l’être humain une mémoire sensorielle qui accumule les souvenirs pendant toute son existence, provenant des entrées/sorties que sont les nerfs optiques, auditifs et olfactifs, ainsi que ceux qui coordonnent le toucher. C’est pourquoi un robot ne sait pas aller chercher un biscuit dans sa poche.

Un robot ne travaille pas…mais prend nos emplois 

Les robots sont habiles mais pas intelligents. Ils exécutent des tâches en captant des données mais ne réfléchissent pas en regardant autour d’eux. Autrement dit, ils n’ont pas d’autonomie.

Les tâches qu’ils accomplissent sont programmatiques. Elles correspondent à ce qu’Hannah Arendt appelle, dans Condition de l’homme moderne, le labor :il s’agit d’un travail mécanisé ; régulier, qui requiert assiduité à des temps précis, et que nous assumons indépendamment de toutes nos dispositions affectives du moment. Ce type d’emploi ce distingue du work (opus) correspond au travail créatif, à l’inventivité qui, dans son versant pragmatique, est l’ingéniosité.

C’est pourquoi il serait peut-être plus exact de parler d’habilité artificielle que d’intelligence artificielle…et sans doute moins anxiogène. Il n’empêche que l’IA provoquerait, dans la plupart des secteurs de l’économie, une diminution des emplois, selon une étude de Roland Berger commandée en mai 2016 par le Journal du dimanche. Selon les conclusions de l’étude, les robots seraient responsables de la suppression de 3 millions d’emplois en France, d’ici à 2025 en raison de 20% des tâches devenues automatisées. Ainsi, le taux de chômage en pertes brutes s’élèverait à 18%. Parmi les secteurs épargnés : l’éducation, la santé, la culture et l’environnement. Des secteurs où l’intelligence humaine  devra se montrer particulièrement inventive.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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