Partenariat réseaux sociaux/éditeurs contre la désinformation en ligne : un moyen pour faire travailler les rédactions gratuitement ?

PRINTEMPS DES MEDIAS 

visuel Printemps des MédiasDes réseaux sociaux, dont Twitter et Facebook, ainsi qu’une trentaine d’éditeurs internationaux s’associent pour prendre des mesures contre la désinformation en ligne, un phénomène encouragé par… la structure des sites sociales où se consomme des informations  non-vérifiées, uniformisées et dé-hiérchisées. Analyse d’un paradoxe. 

Un méta-réseau international de l’information vient de naître. Baptisé First Draft et soutenu par Google, il est constitué d‘acteurs technologiques et d’éditeurs en ligne qui partageront leurs méthodes notamment pour éliminer de fausses informations qui circulent en ligne. Le but de ce réseau est  «d’ aborder les questions de confiance et de vérité dans les rapports d’information qui émerge en ligne », écrit FirstDraft sur son blog.

Parmi les partenaires : Facebook , Twitter , YouTube , The New York Times , le Washington Post , BuzzFeed Nouvelles , CNN , ABC Nouvelles (Australie ) , AJ + , ProPublica , Agence France-Presse , Channel 4 Nouvelles , The Telegraph, France Info , Se briser Nouvelles , Les Décodeurs , international Business Times au Royaume-Uni , Eurovision Nouvelles change, SAM , Aljazeera Media Network , Reveal projet , projet Invid , EuroNews , Sourcefabric , témoin, Amnesty international , Centre européen de journalisme , American Institute Press, Vérification Fact Réseau international , Duke Reporters ‘Lab .

logos-v11-1Ce réseau des réseaux devrait permettre de créer une boucle de rétroaction pour les représentants de chaque plate-forme de médias sociaux afin de se connecter avec des journalistes et de développer des idées pour des moyens de rationaliser le processus de vérification, d’accompagner  l’expérience des témoins oculaires.

Chaque partenaire est ainsi engagé à partager les connaissances, l’élaboration de sa politique éditoriale et la conception de la formation dans la façon dont les journalistes utilisent le web social pour trouver et rapporter les informations. Autrement dit, il s’agit pour chacune des marques médias du groupement d’être transparent sur ses sources et sur ses méthodes.

Le partenariat se justifie, selon ses signataires, par la sophistication des hoax et autres fausses infos en ligne, dans un contexte où les rumeurs sur le net attisent des tensions politiques et sociales à échelon local aussi bien qu’à échelle trans-nationale.

Paradoxalement, ce sont les réseaux sociaux qui contribuent à accélérer ce phénomène. En cause : la structure des interfaces et les usages de l’information depuis Facebook ou Twitter. 

Sur mobile, toutes les histoires se ressemblent 

Dans le flux de nouvelles sur son smartphone, toutes les histoires se ressemblent, notamment du fait de l’uniformisation des formats de l’information. Un phénomène encouragé par les réseaux sociaux : le nombre de vidéos postées sur Facebook France a doublé en un an (+93%) contre +75% au niveau mondial. «Parmi les Français qui se connectent à Facebook tous les jours, plus de 50% regardent une vidéo», faisait remarquer en mai dernier Laurent Solly. Effet : les médias d’infos investissent massivement dans la vidéo. AJ+ (Aljazzeera) a diffusé via Facebook 2,2 millions de vidéos en 2015. Süddeutsche Zeitung Magazin, quant à lui, produit des vidéos dédiées à sa page FB , qui atteignent souvent 100.000 vues chacune.

Les contenus d’information originaux sur le web ne dépasseraient pas 40%, selon une étude à paraître courant septembre. Ce chiffre indique une croissance de « contenus qui traînent », passant de timelines en timelines sans être examinés, de sites en sites sans être vérifiés.

En 2016, les médias auront diffusé les formes les plus fantasques de rumeurs, d’informations erronées, de propos de rabatteurs d’opinions. Dernier hoax en date : la dame qui s’est fait agresser parce-qu’elle portait un « short » était en fait vêtue ce jour-là d’un pantalon.

« Les médias sociaux ont avalé les nouvelles – menaçant le financement de l’information d’intérêt public et ouvrant la voie à une époque où tout le monde a ses propres faits . » avertissait en Juillet dernier , la rédactrice en chef du Guardian, Katharine Viner.

L’ironie est que ce sont les réseaux sociaux qui ont encouragé la propagation des hoax et le comportement passif des utilisateurs face à ces informations fausses ou faussées. Plus une nouvelle génère de l’émotion, plus elle est partagée et commentée, – soit pourvoyeuse d’audiences, et donc de recettes publicitaires pour la plateforme sociale qui l’affiche.

Responsabilité éditoriale 

Alors pourquoi les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter chercheraient-ils à se soucier de la véracité de l’information ? Peut-être moins par déontologie que par besoin de répondre rapidement au défaut de responsabilité éditoriale que la presse et les utilisateurs lui reprochent. Facebook n’est pas un journal, ce n’est pas un média de masse, mais c’est un éditeur culturel

Cette semaine, Facebook s’est attiré les foudres de la presse après avoir censuré pour motif de nudité la fameuse photographie de « la fille au napalm ». La Première ministre de norvège elle-même a été bloquée sur Facebook lorsqu’elle a voulu poster le cliché pris par Nic Ut Cong Huynh (Associated Press) en 1972, qui fait partie de la mémoire commune de l’humanité. A la barre des accusés, Facebook s’est réfugié derrière la fiction de la toute-puissance de ses algorithmes. Mais le crédo « qu’il est grand le mystère des algorithmes » ne passe plus. Ou bien Facebook assume ses choix éditoriaux, ou bien il se dote d’hyper journalistes.

La création d’un partenariat sur les questions éditoriales avec des rédactions du monde entier dont les contenus sont partagés sur sa plateforme apparait comme la solution la moins couteuse et la plus rapide.

Après Instant Articles, Facebook aurait t-il trouvé un nouveau moyen de faire travailler les rédactions gratuitement ?

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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