Selfie avec Hillary : un moment politique

Une séquence de Selfies retournés en présence de la candidate démocrate à l’élection présidentielle américaines interpelle : le smartphone et les réseaux sociaux sonnent ils la fin de la communication politique ? 14440697_1132821276779530_7125193705648961659_n

Moi et Hillary

Le cliché, saisi par la photographe officielle de la campagne Clinton, Barbara Kinney, le 21 septembre à Orlando en Floride, n’en finit pas de faire gloser tweetos, journalistes, experts et philosophes.

« L’image de cet auditoire entier tournant le dos à Hillary Clinton en regardant son portable plutôt qu’elle est parlante. », s’indigne le moraliste Bertrand Vergely dans les colonnes du Figaro. Scandale : le selfie semble signifier que «Moi et Hillary» est bien plus intéressant qu’Hillary, à qui l’on se permet même de tourner le dos. Crime de lèse majesté dans l’imaginaire occidental.

A quoi bon des meetings politiques, si la campagne se joue  dans le cadre étriqué d’un écran de smartphone ? Le suffrage universel (indirect aux USA) a t-il encore un sens si personne n’écoute, pour fonder son vote, le discours d’une présidentiable ?

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Hillary plus regardée que jamais

Pourtant, on se tromperait en se laissant aller à penser que la salle dédaigne regarder  la femme politique qui s’adresse à elle. La candidate portée par le parti démocrate sait qu’à travers tous ces écrans dressés, dans un jeu de miroir, elle est plus observée que jamais.

« Toute image diffusée par une équipe de campagne politique (ou une entreprise, ou toute personne ou entité ayant quelque chose à vendre) n’existe que pour assurer la promotion de son ou sa candidat ou de son produit. »  rappelle Le Monde.

La photo-portrait avec Hillary Clinton est une manière de montrer que l’on s’identifie  à elle. Au plan de la communication politique, plus il y a de selfies, mieux c’est. De surcroît, le selfie avec une personnalité assure un plus grand nombre de partages de l’images sur les réseaux sociaux.

Un processus de socialisation politique 

A travers ce cérémonial du selfie, solennel, très suivi et sans débordement aucun, l’auditoire de la candidate à la magistrature suprême des États-Unis d’Amérique prend forme en tant qu’auditoire pleinement politique.

L’individu qui prend son selfie avec la candidate à la présidence des États-Unis puise dans le présent en s’incluant physiquement dedans pour pouvoir négocier à sa manière son rapport à la société. Dans ce processus, Hillary Clinton est l’élément tiers – qui permet au « je » de s’inclure dans la société en dépassant l’enclos de ses préoccupations propres.

Après ce selfie, l’individu va enfin se retourner, faire face à la candidate et écouter attentivement un discours politique. D’ailleurs, cette photographie qui a tant « retourné » les esprits cache  la suite de la rencontre :  un face à face classique avec la candidate.

Voir dans cette image une photographie symptômatique des maux de notre temps- l’individualisme infantile -, revient à rejoindre les contempteurs de la politique, pour qui la vie démocratique est morte, terrassée par le tout-à-l’égo boosté à la batterie des smartphones.

C’est tout le contraire : la photo des Selfies Retournés fait état d’une identification à une personnalité politique par le truchement d’un appareil (le smartphone), d’un usage (le partage sur le réseau social), identification qui permet à l’individu de s’inclure dans la société politique et de penser avec les autres pour les autres.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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