Génération Z : un portait pas robot

 

PRINTEMPS DES MEDIAS 2017 

IMG_2871Les Y étaient déjà des digital natives. Avec la Z Gen, la rupture se trame en lame de fond : le mode de penser et d’agir des jeunes nés avec les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et l’économie du partage change structurellement par rapport aux schémas encore valides dans au passé proche. Les Z, digital makers, vont désormais intégrer les usages du numérique intuitivement à leur façon de voir le monde et de le transformer. Portait pas robot en 4 points.

Les Z : la 2ème génération des numériques natives (Source : La Tendance.fr)
Les Z : la 2ème génération des numériques natives (Source : La Tendance.fr)

1. Pas de cloisonnement 

Pour les Z, les frontières des États ne sont plus des limites pour se connecter, se connaître, collaborer. Les frontières générationnelles, socio-professionnelles et culturelles , quant à elles, n’existent pas en tant qu’a priori. C’est pourquoi la génération des post-digital natives va être la première à réfléchir en terme de flux et de nuances et non en terme de dualités et de catégories.

Dans un monde dématerialisé,  ce qui importe aux jeunes, ce n’est pas de s’endetter 50 ans pour être propriétaires exclusifs en solo ou en couple d’un bien immobilier et des deux voitures adjacentes au pavillon, mais les matériaux avec lesquels ils vont pouvoir construire leur logis, les gens avec qui ils pourront le partager et la façon dont ils pourront en faire une maison connectée. Là encore, il faut comprendre le terme de « partage » moins dans sa dimension axiologique (éthique) que pragmatique : partager, c’est agir.

La génération Z est sensible à l’économie sociale et solidaire, et elle vit la solidarité non pas comme un principe moral à mettre en oeuvre, mais comme une composante de la vie active. Entrepreneuse, elle est en même temps intrapreneuse et ne compartimente pas vie associative solidaire et activité professionnelle.  “Non, je ne veux pas travailler sur ce projet car je n’y crois pas. Je vais plutôt creuser la question de l’accès à l’eau au Kenya et en Afrique du sud car ce problème me touche, me prend aux tripes, et car même si vous ne le voyez pas encore, je suis sûr qu’il y a un marché à développer” ? a expliqué, en substance, à son boss Ling-Ling Phung, Global Lean Innovation manager chez Unilever. Avec Kelvin Hughes, ils travaillent désormais sur la problématique de l’accès à l’eau dans les pays en développement. (Source : Socialter, « Elle fait le tour du monde des intrapreneurs », 27/06/2016)

Slasheuse, la Z gen vit sans cloisonnement mille vies en une. « On est ainsi « journaliste »/ »vendeur »/ »DJ » par exemple. Ce phénomène raconte toute l’évolution du monde du travail », résume Spicee dans un reportage consacré aux « slasheurs ».

2. La technologie est un humanisme 

Vivre avec les robots : oui, mais humainement. Entourés d’objets intelligents, de chatbots, de voitures autonomes et de robots qui jouent les assistants au travail ou à la maison, les post-digital natives, Z et Alpha (les 1-10 ans), seront paradoxalement plus soucieux que leurs aînés, sidérés par la rapidité des innovations, de placer l’humain au centre de la technologie.

A travers le mode de vie technologique des générations qui viennent, la technologie recouvrira peut-être enfin toute la spontanéité dont elle est capable, pour s’accomplir en sa forme plus essentielle. C’est en cela que l’on peut affirmer des Z qu’ils sont déjà les digital makers.

3.  La vérité se partage 

Un utilisateur de Facebook ou de Snapchat ne sait que très approximativement si ses clics progressifs et les choix algorithmiques qui en infèrent tracent une timeline de gauche ou de droite, pro-Trump, pro-Poutine, climato-négationniste ou scientifiquement instruite.

Contre les « fakes news« , les Z veulent bien que les médias les aiguillonnent afin de surmonter cette limitation de l’usage de technologies apprécié non pas en terme de moraline (« les fakes news, c’est mal ! »), mais en terme d’efficacité : si l’info sur les réseaux génère de la désinformation, on n’apprend plus rien, on ne partage plus rien, et on finit par être marginalisé sur les réseaux sociaux car taxé de troll ou de « désinformateur ».

La vérité d’une information dépend ainsi non pas de son rapport d’exactitude avec la réalité (la définition rationnelle de la vérité), ni de la force de persuasion de celui qui la donne (ce qui conduit à un relativisme absolu, « à chacun sa vérité »), mais de sa dimension sociale : une info est « vraie » si elle peut être partagée sans être démontée et que celui qui la diffuse ne risque pas de tomber en discrédit.

4. L’ethnocentrisme appartient au passé  

La génération Z, qui a n’a pas connu les continents africain, américain et asiatique sous le joug colonial, est aussi probablement la génération de l’histoire contemporaine la moins  ethnocentrée. Quand leurs aînés des années 1990 tournaient les yeux vers l’Afrique pour y voir des marchés prometteurs ou pour y proposer « de l’aide » à sens unique,  eux raisonnent en terme de partage de l’info via des plateforme de blogs locaux, d’innovations à essaimer et d’open source. 

Le Blogdemadagascar, par exemple, dont le Mondoblog de RFI relaye les contenus, a une section « Wake Up », qui incarne un bouillonnement de la société civile, avec des codeurs, « CoderDojo », des incubateurs « Habaka, Incubons » des initiatives numériques et solidaires, ou encore une radio que l’on peut écouter aussi bien assis dans un taxibé malgache qu’avec son smartphone en pédalant sur son vélib à Paris.

Pour la première fois dans l’humanité, des jeunes des différents continents se forment avec les mêmes points de repères, les mêmes champs lexicaux.  « Start-up », « innovation », « incubation », « disruption » sont autant de mots qui font le tour du monde. Par exemple, SAMSA organise des hackathons, un MOOC (formation en ligne), un accompagnement à la gestation de projets innovants dans le domaine de l’information, puis un concours accompagné d’un stage d’accélération encadré par des mentors internationaux. Une offre de formation destinée aux jeunes africains intéressés par les métiers des médias qui  correspond au même modèle que celui des formations européennes et nord-américaines.

 

 

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - aussi à la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...). SITE PERSO : claraschmelck.com

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