Decodex ou codex ?

Après avoir crée Les Décodeurs en 2009, Le Monde veut faire un pas de plus dans la lutte contre la désinformation en lançant ce 2 février 2017  Decodex, qui se veut le couteau suisse de la vérification de l’information sur internet. Mais, l’on se demande qui décodera le décodeX pour éviter qu’il ne devienne un codex de la presse convenable aux yeux du Monde.

«  Vous n’avez pas peur de ne plus rien avoir à vérifier un jour ? » La question nous est parfois posée au détour de discussions avec des confrères, étudiants ou internautes« , sourient les journalistes de l’équipe des Décodeurs du Monde, un site dédié au décodage de l’information et qui existe depuis 2009.

Les Décodeurs s’appliquent de manière très artisanale à démonter des rumeurs, des images dont la légende ou l’interprétation sont inexactes, des propos déformés, des informations fausses. Un travail de bénédictin.

L’équipe des Décodeurs a souhaité poursuivre son travail de décryptage de l’information à plus grande échelle, en  imaginant, en plus d’un site offrant des ressources pédagogiques, une solution technologique qui permette d’automatiser la vérification ou la contextualisation de l’information.

 

Outil de vérification 4 en 1

Dessin : Le Monde (capture d'écran depuis le site des Décodeurs)
Dessin : Le Monde (capture d’écran depuis le site des Décodeurs)

Imaginé et développé avec Google, le Décodex a pour objectif de fournir au plus grand nombre des outils simples pour faciliter la vérification des informations. « Nous avons conscience qu’il ne permettra pas de vérifier toutes les informations qui circulent en ligne, mais nous pensons qu’il offrira à chacun les moyens de discerner les plus évidentes d’entre elles, et d’être averti lors de la consultation d’un site connu pour diffuser de fausses informations.« , prévient l’équipe du Décodex.

Le dispositif s’appuie sur une base de 600 sites français, anglais, américains et allemands. Cinq niveaux de fiabilité devrait permettre aux internautes de se faire une pré-notion de la qualité des sites qu’ils fréquentent.

Décodex est une marque qui se décline sous quatre aspects : deux extensions (Chrome et Firefox) pour navigateurs conçues en partenariat avec Google et qui prétendent permettent aux internautes qui surfent sur le web de mieux connaître le site qu’ils consultent ; un site dédié ; un bot Facebook et des conseils pédagogiques qui aident à « faire la différence entre une information et une source d’information, des astuces pour vérifier une information, une image ou une vidéo qui circule sur Internet, etc. », étaye Le Monde dans un communiqué.

Exemple des conseils pédagogiques donnés par Les Decodex (capture d"écran des liens)
Exemple des conseils pédagogiques donnés par Les Decodex (capture d’écran des liens, depuis le site des Décodeurs)

Faire mieux que Facebook contre les Fake news

Cette extension est semblable à d’autres logiciels qui ont été développés durant la campagne présidentielle américaine pour les médias anglophones. Certains s’attaquaient d’ailleurs également au diffuseur d’informations qu’est Facebook, accusant l’algorithme de la plateforme sociale de « pousser » des fake news. Ce à quoi Facebook vient de répondre le 31 janvier en annonçant une nouvelle modification de la manière dont il classe les messages et les affiche dans le fil d’actualité de ses utilisateurs. Facebook promet privilégier les messages « authentiques » au détriment des informations douteuses, erronées ou délibérément trompeuses.

Pour déterminer si une page publie fréquemment des contenus trompeurs, Facebook examine le fonctionnement de la dite page et y repères des indices. Par exemple, la page cherche t-elle à remonter artificiellement dans le classement de Facebook en sollicitant excessivement des « like » ou des partages ? Cette page est-elle masquée par les utilisateurs ?

On le voit : Facebook fait la chasse aux informations douteuses, mais cela de manière automatique. La démarche du Monde diffère qualitativement en ce sens que l’idée n’est pas de créer un outil purement technologique propre à critiquer un contenu à la place des lecteurs, mais de proposer un dispositif qui permette au lecteur de s’orienter dans la critique de l’information.

D’ailleurs, le Dé-Codex, n’est-il pas cet anti-codex qui peut aussi permettre de donner au lecteur un meilleur discernement lorsqu’il parcourt les informations qui circulent dans le grand codex qu’est Face-book ? Avec Décodex, l’on s’aperçoit que Le Monde est un titre éditeur, et Facebook un agrégateur de contenus.

Juge et partie

Reste à se demander qui décodera le Decodex du Monde, juge et partie, lequel s’autorise, au nom de la lutte contre les fake news, à mettre littéralement à l’index certains médias, tels que Valeurs Actuelles ou Russia Today, estampillés d’une pastille violette. Les « avis » que donne Le Monde sur ces sites, catégoriques et sans fondement, c’est à dire dénués d’explications causales, ressemblent davantage à des opinions.

Preuve que Le Monde n’est qu’un journal, et ne pourrait avoir le statut d’instance suprême garante du journalisme authentique.

 

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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