Mediapart : la mauvaise foi de François Fillon

FACT CHECKING

 

Ce que Fillon a dit de Mediapart à une journaliste (et aux téléspectateurs) 

Ellen Salvi, journaliste à Mediapart et présente lors de la confession-confusion de Fillon à l’heure des vêpres, a posé une question au candidat investi par LR :  « Est-ce que vous avez menti au JT de TF1, et si oui pourquoi? »

« Vous êtes de Mediapart, c’est ça? Moi je n’ai jamais eu de redressement fiscal, je vous le dis au passage.« , lui a ricané au nez un François Fillon grimé en pâle hologramme de Donald Trump, réputé pour maltraiter les médias.

Une punchline de mauvaise foi

Mediapart a effectivement eu un différend avec le FISC. Dans le désir de jeter en discrédit le journal d’investigation, le candidat François Fillon assimile insidieusement une affaire qui est désormais réglée à une situation trouble.

La réalité de la situation de Mediapart à l’égard du FISC

Revendiquant une équité de traitement fiscal entre la presse en ligne (sujette à une TVA à 19,6%) et la presse papier (qui bénéficie d’une exception à 2,1%), Mediapart s’est pendant quelques années autorisé lui-même à ne verser que les 2,1% de taxes, anticipant une loi à venir. Une manière de militer en faveur d’une égalité Internet-papier du point de vue de Mediapart, un manquement de payement du point de vue des autorités fiscales.

generateur-fillonLe 28 juin 2016, Mediapart écrivait sur son site : « Nous contestons entièrement ces redressements parce qu’ils nous appliquent, de façon rétroactive, un taux de TVA dit normal (19,6 %, puis 20 %) qui est en réalité anormal pour la presse (laquelle bénéficie d’un taux réduit de 2,1 %). Soutenus par notre syndicat professionnel, le SPIIL (lire ici son communiqué), et en association avec les deux autres sociétés de presse en ligne frappées par des redressements similaires – Arrêt sur images et Indigo Publications –, nous engageons maintenant la bataille sur le terrain judiciaire. »

En ce qui concerne la somme à échoir au FISC, Mediapart précisait : « Nous avons dû payer au fisc plus de 2,4 millions d’euros et, en prenant en compte les pénalités et intérêts de retard qui nous sont aussi réclamés, provisionner dans nos comptes un total de 4,7 millions d’euros« .

Donc, Mediapart a dû provisionner rien de moins que 4,7 millions d’euros afin de régler son différend avec l’administration fiscale, a rappelé encore Edwy Plenel en janvier devant des journalistes qui sont revenus sur le sujet.

Pourquoi Fillon a cru utile de mentir par insinuation 

Le candidat Fillon, surfant sur un mépris de son électorat traditionnel vis-à-vis de la presse d’investigation, s’est autorisé à faire croire aux téléspectateurs que la contravention payée par le titre d’Edwy Plenel était une occulte affaire de fraude fiscale aussi trouble qu’une affaire de postes fictifs doublé d’une affaire de conflits d’intérêts. Avec mauvaise foi, il a laissé penser que Mediapart était toujours sous le coup d’un redressement à venir. C’est ce qu’on appelle un mensonge par insinuation.

En attendant, le Sarthois devra dans les prochains jour s’expliquer davantage sur ce qui relève pour lui « de vieilles pratiques ».
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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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