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Contre la corruption en politique, la Roumanie « #Resist »

Après une vague de manifestations et de protestations sur les réseaux sociaux contre le décret allégeant la législation anticorruption qui avait été adopté par le gouvernement, le ministre de la justice roumain,  Florin Iordache, a démissionné le 9 février. 

L’origine des tensions remonte au 2 février, lors de la parution en urgence d’un décret vivement critiqué, qui a révisé le Code pénal sans l’aval du Parlement, et qui prévoyait une réduction des peines encourues pour abus de pouvoir et introduisait un seuil minimum de préjudice de 200 000 lei (environ 44 000 euros) pour entamer des poursuites dans la plupart des affaires de corruption. L’artisan de ce décret est  le ministre de la justice, Florin Iordache.

Exemple de cette corruption : sur la seule année 2015, cinq ministres, 16 députés, 5 sénateurs, 97 maires ou maires adjoints ont été inquiétés par le département national anti-corruption. En novembre 2015, notamment, le premier ministre social-démocrate Victor Ponta a été contraint à la démission. Il a été accusé de « faux en écritures, de complicité d’évasion fiscale et de blanchiment » pour des faits remontant à 2007-2011, alors qu’il était avocat.

#Resist

En février 2017, la Roumanie a vécu les mobilisations sont les plus importantes qu’elle est connues depuis la chute du régime ultra-autoritaire et autocratique de Nicolae Caeusescu.

« Nous sommes des millions de Roumains à partager les mêmes craintes et le même souhait de ne pas laisser les hommes politiques corrompus accaparer la Roumanie ! » peut-on lire sur les réseaux sociaux Twitter et Instagram, où le mot-dièse #Resist a fédéré les citoyens.

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Presse d’investigation 

Que ce soit dans La Croix, dans Le Figaro ou dans Libération, depuis le début du mois, les médias français ont largement salué les manifestations en Roumanie, considérées comme un mouvement de conscience collective citoyenne.

En France, la presse, qui reste l’organe principal par lequel une affaire de corruption est révélée au grand jour, fait l’objet d’une crise de confiance. Elle peine à sensibiliser les citoyens sur la gravité de la corruption du personnel politique (mensonges devant des journalistes ou des juges ; confusion illicite entre fonds publics et fonds personnels ; autres actes qui contreviennent à la loi du pays). Lorsqu’un homme ou une femme politique est visé par une investigation, il est courant d’estimer qu’il fait l’objet d’un « acharnement » circonstancié, forcément biaisé car partisan, voire même d’un complot médiatique. C’est ce qui ressort des commentaires  aperçus sur les réseaux sociaux au sujet des récentes affaires Le Pen (FN) et Fillon (LR).

En France, ces deux candidats à la plus haute magistrature du pays, l’élection présidentielle, font l’objet d’enquêtes judiciaires pour faits de corruption. Certains Twittos ont appelé les Français à manifester sur l’exemple de leurs concitoyens européens de Roumanie. Lorsque la société civile manque de vigilance contre la corruption, la presse d’investigation, en première ligne et sans soutien populaire suffisant, s’en trouve fragilisée.

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A cet égard, Alain Weill, le président de NextRadioTV, a confié à l’Association des Journalistes Médias qu’il était « inquiet de voire certains élus faire siffler les journalistes en meeting ».  Jeudi 9 février, le jour-même où le ministre de la justice roumain démissionnait pour avoir été l’artisan d’une loi d’assouplissement de la lutte contre la corruption du personnel politique, Jean-Pierre Raffarin, ex-premier ministre de la france, en ouverture du meeting du candidat LR à Poitiers, fit lourdement siffler les journalistes. « Un petit mot tout particulier pour dire merci aux nombreux journalistes« , a ironisé le sénateur de la Vienne, sitôt interrompu par les sifflements et les huées de l’assistance.

 

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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