Jean-Louis Debré : « La politique manque d’un patron »

En marge de l’inauguration de l’exposition strasbourgeoise dédiée au mime Marcel Marceau, qui se tenait le 1er mars, Intégrales a interrogé en exclusivité Jean-Louis Debré. A la veille de l’élection présidentielle, l’ancien président du conseil Constitutionnel dézingue à tout-va. 

 

 

Jean-Louis Debré. Photo : Intégrales.
Jean-Louis Debré. Photo : Intégrales.


 

Un navire sans pilote

Aujourd’hui la politique « manque d’un patron, à droite comme à gauche. Mitterrand était un patron, Chirac était un patron, aujourd’hui il n’y a plus de patron. C’est pour cela que le bateau vacille ».

Interrogé en exclusivité par Intégrales Mag quelques heures après que François Fillon se soit dit « choqué » que le juge d’instruction le convoque le 15 mars et de prévenir qu’il mènera campagne jusqu’au bout en dépit d’attaques médiatiques et judiciaires visant à « assassiner l’élection présidentielle », Jean-Louis Débré, tout en se refusant « à rentrer dans le débat poliitcien » ne cache plus sa préoccupation de voir disparaître la droite et la gauche de l’échiquier politique présidentiel.

C’est le mime Marceau, Strasbourgeois de naissance, qui est à l’origine du célèbre Moonwalk de Michael Jackson

 

« Il n’y a plus de possibilité d’alternance »

« Moi ce qui m’intéresse, c’est la République. Mon sentiment est qu'(elle) a besoin d’alternance. On vote à gauche, on est déçu par la gauche, on se tourne vers la droite ; on est déçu par la droite, on se tourne vers la gauche. Ce sont des partis républicains », insiste-t-il, comme pour mettre en garde.

Et l’ancien président du Conseil constitutionnel, de préciser : « Aujourd’hui, s’il n’y a plus de possibilité d’alternance », on se retrouve dans une configuration qui profite au « populisme et à l’extrémisme aussi bien de droite que de gauche ». Comprendre, entre les lignes, qu’en cas d’absence d’un candidat de droite au premier tour, pour des raisons politiques ou judiciaires, c’est avant tout une certaine idée de la République qui en souffrirait.

Parasitage du processus électoral 

Quant au parasitage du processus électoral par les affaires, celles-ci ont toujours « pollué les campagnes électorales », nuance-t-il, tel un désavoeu envers Fillon et, in extenso envers Marine Le Pen, dont le Parlement européen vient de lever l’immunité parlementaire lors de sa session plénière strasbourgeoise de mars. « La feuille d’impôts de Chaban Delmas » était, poursuit-il, l’une de ces « affaires ».

Un scandale alors « parfaitement légal mais incompréhensible » du grand public sur le plan moral.

« Mais il y avait (alors) des hommes qui savaient dominer ces tempêtes de l’océan politique ».

Or, « aujourd’hui, il me semble que, ces tempêtes, on n’arrive plus à les dominer ».

De même, que ce soit au cours de la IIIème ou de la IVème République, la France en a traversé d’autres mais, à chaque fois, « à droite comme à gauche, des hommes avaient, par leur dignité, leurs idées, leur culture, la possibilité de calmer le jeu ».

L’intégralité de l’entretien avec Jean-Lous Debré est à visionner ici :

 

Entretien avec Jean-Louis Debré par Integrales Mag from Intégrales Media on Vimeo.

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Le debrief de l’entretien, avec Stephen Bunard 

Accompagné d’une « gestuelle très en maîtrise compte-tenu du sujet qui le rend attentif à ce qu’il fait », commente pour Intégrales Stephen Bunard, conférencier et synergologue, expert en analyse gestuelle,

« Jean-Louis Debré prend la posture de l’homme qui veut dire des choses en ne disant rien, très en vigilance dans son propos : la tête penche à droite, l’axe est renforcé quand on aborde le sujet Fillon ; on est dans la rigidité ».

Stephen Bunard est l'auteur de "Leurs gestes disent tout haut ce qu'ils pensent tout bas"
Stephen Bunard est l’auteur de « Leurs gestes disent tout haut ce qu’ils pensent tout bas »

« Debré sent d’ailleurs le coup venir car avant même que soit évoquée la débâcle de la droite, celui-ci se gratte l’aile gauche du nez, pressentant qu’un sujet où son image est en jeu, EST susceptible d’entraîner une tension au regard de son parcours politique, qui nécessite de la hauteur ».

Presque un hommage inconscient à la pantomime et au choix d’un certain silence pour se faire entendre.

 

La rédaction

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