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Libération confie son édition du 7 mars à une équipe de réfugiés

Libération a confié la rédaction de son quotidien daté du 7 mars à une équipe de rédacteurs qui sont des réfugiés vivant en France, offrant à ses lecteurs un nécessaire regard étranger sur les tumultes de la campagne.

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Ils sont iraniens, afghans, syriens, ils ont entre 25 et 40 ans et sont tous assis autour de Laurent Joffrin, le directeur de la publication du quotidien Français Libération, pour expliquer à l’occasion d’une conférence de presse le sens de ce numéro inédit. Nous sommes lundi 6 et le bouclage n’est pas terminé. Au sommaire: un portrait de François Hollande, des reportages sur la campagne pour la présidentielle, mais aussi sur la prise en charge des séropositifs.

« La France refuse de regarder les réfugiés dans les yeux« , a exprimé lundi par Skype Farid Mokart, directeur de l’agence de communication Fred & Farid, qui a imaginé le projet. « La meilleure façon de présenter leur parcours, c’est de leur donner la parole ». L’association Singa, qui a développé un média avec des personnes réfugiées arrivées en France, Trait d’Union, s’est portée partenaire de l’opération.

858806-unesyriensLe 11 mars 2016, Libération avait expérimenté un numéro exceptionnel sur la guerre en Syrie entièrement rédigé par des journalistes, intellectuels et artistes syriens. On y trouvait notamment un reportage à Alep, au cœur du quotidien des enfants qui vivent dans la peur.

Cette fois, ce n’est pas un Libé de réfugiés sur les réfugiés, mais sur la campagne électorale française telles qu’ils la perçoivent. Ce sont les réfugiés qui regardent la France dans les yeux.

« Ce Libé des réfugiés rappelle les Lettres Persanes de Montesquieu, proposer un regard étranger sur son pays est dans l’ADN de la France, s’enthousiasme un des rédacteurs réfugié, persuadé que les lecteurs français s’y retrouveront« . Capture d’écran 2017-03-07 à 12.20.35

Comme Usbek et Rica, les rédacteurs réfugiés se sont exprimés de manière personnelle dans leurs papiers. »Demain c’est un Libé où les auteurs réfugiés ont été incités à dire « je », sans se censurer. On a voulu les connaître en tant qu’individus, ce n’est pas une catégorie lointaine et floue, ce sont des vrais gens« , a indiqué Laurent Joffrin au cours de la conférence de presse.

Les rédacteurs incarnent un « nous » en tant qu’ils sont au service d’une investigation de presse, mais dans la mesure où ils s’expriment en tant qu’observateurs étrangers singuliers, ils sont dotés d’une psychologie. Cette bivalence contribue à la richesse de leurs articles.

photoParmi les rédacteurs du « Libé des réfugiés », certaines plumes étaient déjà journalistes avant d’arriver en France. C’est le cas d’Ammar, chargée de tirer le portrait du président François Hollande. Il y a 7 ans, cette syrienne, journaliste télévision de 32 ans, avait demandé l’asile politique à la France, quand le régime la menaçait de détention pour avoir soutenu des médias anti-Bachar. Aujourd’hui, elle collabore notamment avec France24. « Je souhaiterais renouveler des collaborations avec Libération » souffle t-elle à Intégrales.

Lundi, les journalistes du 7 mars sont aussi revenus sur les difficultés qu’ils ont pu rencontrer en élaborant ce numéro : « Face à Hollande, je me suis retenu de le conseiller sur la Syrie« , confiait Hamze, qui a contribué au portrait de « François Hollande, résident de la République« . Libération a constitué un « making of » de cette expérience inédite.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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