Les « fake news » ou le nouveau visage de la fausse science

Les fake News ne sont pas simplement des nouvelles erronées. Sous ce vocable, il faut y voir l’expression contemporaine de la fausse science. Explication.

Altright et Alternative facts

Dans un récent article intitulé « dans le laboratoire de la « fake science », le quotidien suisse Le Temps s’est inquiété de l’influence d’Emil Kirkegaard , un étudiant danois qui instrumente des savoirs et des techniques scientifiques pour analyser toutes les données qu’il trouve en ligne afin de prouver pseudo-scientifiquement une supposée hiérarchie génétique entre les humains, avec les Occidentaux et Asiatiques en haut de la pyramide, Africains et Roms au ras de l’échelle. «Il est la version scientifique de l’alt-right, cette mouvance américaine d’extrême droite suprématiste», explique au Temps Paul-Olivier Dehaye, mathématicien et co-fondateur de Personaldata.io. Kirkegaard est l’auteur d’une soixantaine d’articles de recherche, autour de sujets racialistes : «Les résultats scolaires des migrants dans les écoles primaires danoises prévisibles en fonction de leur pays d’origine»; «Pays d’origine et aides sociales: les stéréotypes sont valides au Danemark»; «Criminalité et pays d’origine en Allemagne», etc.

A l’inverse du scientifique, le pseudo-scientifique est persuadé d’une vérité avant de rencontrer les faits : «Je cherche simplement à comprendre le fondement des inégalités entre les humains, et je ne pense pas qu’elles dépendent uniquement de leur environnement ou de leur éducation.» décrit Emil Kierkegaard pour justifier la légitimité de sa démarche.

Ce fonctionnement mental,qui consiste de partir d’un dogme pour l’étayer d’énoncés (photos, vidéos textes, …) au lieu de tirer une conclusion à partir de l’expérience, nous le retrouvons exactement chez les producteurs de fake news.

Un type de discours

Car une fake news n’est pas ce hâtif erratum que l’on peut repérer dans un article de presse, dans la bouche bavarde d’un commentateur de télévision ou à travers la conférence fleuve d’un universitaire. Si Le Monde attribue à Emmanuel Macron une citation prononcée le même jour par François Fillon, il s’agit tout simplement d’une erreur – d’un fail, en anglais et non d’un fake. The Atlantic, fin 2015 a qualifié trop hâtivement de « fake news » un article dans lequel le New York Times a écrit, à tort, que l’auteur de la tuerie de San Bernardino avait publié des appels au djihad sur les réseaux sociaux. Plus bas dans l’article, The Atlantic parle de manière plus mesurée d’article « imprécis » (inacurrate), remarque Les Décodeurs du Monde.

Les fake News relèvent en réalité d’un type de discours : elles forment un tissu discursif imposé comme des faits indiscutablement vrais sur des sites web ou des réseaux sociaux dont l’objectif est de solliciter en même temps que la confiance du lecteur, sa crédulité inconditionnelle. Ils ne s’opposent pas à la vérité, mais l’amoindrissent et la pervertissent.

Dans ce qu’on appelle « Fake News », la rupture ne se situe pas dans l’erreur, ni même dans la partialité éventuelle de la source d’information, mais dans le contrat de lecture qu’une plateforme de contenus engage avec son lecteur. Alors qu’un site de presse professionnel va chercher à informer, tout en hiérarchisant l’importance des événements et en choisissant ses angles d’approches pour convaincre, un relais de fakenews (un site, un individu) va chercher à persuader.

Le refus d’enquêter

Lorsque Le Figaro titre : « Jean-Luc Mélenchon, un projet dévastateur pour la France », le quotidien développe une argumentation qui vise à convaincre le lecteur des risques que comporterait l’élection du candidat de la France Insoumise à la tête de l’Etat. Le titre n’est ni vrai ni faux, il est partial, et cette partialité éditoriale est justifiée de bout en bout de l’article au moyen d’arguments et d’informations chiffrées, sources à l’appui. Certes, certains a priori économiques orientent la recherche des faits et la terminologie de l’article.

« Mélenchon prévoit également une hausse de 120 milliards d’euros d’impôts et la confiscation de tous les revenus supérieurs à 400.000 euros annuels » : en lisant cet énoncé, le lecteur est libre de se réapproprier ces éléments factuels pour les reconstituer autrement dans son esprit, de remplacer mentalement « confisquer » par « récupérer » et de conclure qu’au contraire, il est opportun pour la nation de porter Jean-Luc Mélenchon au pouvoir.

Les sites de fakenews ne partent pas de sources factuelles pour aller vers une conclusion, mais traitent de tout sujet à partir d’un axiome, qui est toujours identique : les médias mentent. Cet axiome, indémontrable, irrévocable, ne relève même pas du préjugé ou de l’opinion, mais de la superstition la plus obscure. « La réinformation ? C’est partir du principe que les médias traditionnels nous mentent, ou cachent une partie de la réalité. », expose Louis Lorphelin, qui s’est présenté comme un « consommateur et producteur de réinformation », au cours d’un entretien accordé à l’Atelier des Médias de RFI en mars 2017.

A travers cette vue de l’esprit, le producteur ou le consommateur de fake news, au contraire du journaliste, ne recherche pas la réalité en sa vérité au moyen d’une enquête, car il croit la connaître déjà. La notion d’enquête est entièrement court-circuitée.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - aussi à la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...). SITE PERSO : claraschmelck.com

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