Syrie, voie sans issue


Six ans après le déclenchement de la guerre en Syrie, qui a déjà fait plus de 400 000 morts – chiffre donné l’an dernier par l’envoyé spécial des Nations unies, le diplomate italo-suédois Staffan de Mistura (l’Observatoire syrien des droits de l’homme, l’OSDH, le situe désormais à 465 000) –, le pays semble engagé sur une voie sans issue.


Soutenu à bras-le-corps par la Russie de Vladimir Poutine et la République islamique d’Iran – la première pour préserver ses intérêts stratégiques (les bases navale de Tartous et aérienne de Hmeimim, près de Lattaquié) ; la seconde pour défendre un allié chiite – le régime alaouite de Bachar Al-Assad a, non seulement évité la chute que moult observateurs internationaux lui prédisaient, mais il a même renforcé son assise.

Photo : Farouk Atig, Intégrales Productions
Photo : Farouk Atig, Intégrales Productions
La défaite des insurgés à Alep (nord-ouest), en décembre 2016, a marqué un tournant majeur dans le conflit. Depuis que la deuxième ville et ex-capitale économique de Syrie est retombée aux mains des forces loyalistes, au terme de combats d’une rare violence, le pouvoir de Damas possède de nouveau un net avantage. Parallèlement, les négociations de paix censées faire taire le tumulte des armes s’enlisent, que ce soit à Genève ou à Astana (Kazakhstan).

Bombardement au gaz sarin

Le bombardement au gaz sarin du 4 avril sur Khan Cheikhoun, imputé à l’armée syrienne et qui a fait 87 morts, dont 31 enfants, a paru, un bref moment, pouvoir bousculer les lignes. Mais en répliquant, trois jours plus tard, par un tir de 59 missiles de croisière Tomahawk contre la base aérienne de Chayrat, le président des Etats-Unis, Donald Trump, a voulu, non pas s’impliquer dans la durée, mais démontrer qu’il n’avait pas les mêmes pudeurs que son prédécesseur. En d’autres termes, il s’agissait de renvoyer l’image d’un chef de guerre fort plutôt que d’opérer un changement de pied durable sur le plan stratégique.

A l’été de 2013, Barack Obama avait renoncé à faire usage de la force, malgré les « lignes rouges » qu’il avait lui-même préalablement fixées, à savoir l’usage d’armes chimiques par Bachar Al-Assad contre son propre peuple. Une volte-face qui, à l’époque, avait laissé certaines puissances dans l’embarras, dont la France, qui s’apprêtait à punir militairement les autorités syriennes pour le massacre de la Ghouta, dans les faubourgs de Damas (plusieurs centaines de morts et plusieurs milliers de blessés).

Prise entre le marteau de la dictature et l’enclume djihadiste, la population vit dans un état de souffrance et de déréliction extrêmes. A cet égard, les récents chiffres du Bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) sont éloquents : en mars, 13,5 millions de personnes avaient besoin d’une aide humanitaire. Au total, 5 millions de personnes ont fui le pays et 6,3 millions ont été déplacées de force. Un état des lieux désastreux, qui alimente de manière continue les flux migratoires, en particulier vers le Liban et la Turquie.

Seul « point de lumière » dans cet océan d’ombres, l’étau de la coalition internationale se resserre autour de Rakka, « capitale » de l’autoproclamé Etat islamique (EI) en Syrie. C’est aussi le cas dans l’Irak voisin : passée, en juin 2014, sous la férule des affidés du « calife » Abou Bakr Al-Baghdadi, Mossoul, la grande cité du Nord, est reprise quartier par quartier, maison par maison… Mais la question de « l’après » se pose déjà. Le pays va-t-il parvenir à surmonter les divisions interconfessionnelles (entre chiites et sunnites) qui le minent ? Les chrétiens d’Orient, poussés à l’exil d’une terre qu’ils habitent depuis les temps anciens, reviendront-ils et seront-ils protégés comme ils le méritent, tout comme les Yézidis, membres d’une minorité kurdophone adepte d’une religion monothéiste préislamique ?

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Aymeric Janier

Aymeric Janier

Aymeric Janier est journaliste, notamment au Monde, et spécialiste des relations internationales. Il est l'auteur du blog "Relations internationales, états critiques".

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