Reporters Sans Frontières favorable à un label ‘True Journalism’ pour lutter contre les « fake news »

INFO INTEGRALES

ACTUALISÉ JEUDI 29 JUIN 2017 À 16H38

Reporters sans frontières (RSF) entrevoit la possibilité d’instituer sous son égide un label de « véritable journalisme » (« True Journalism ») en partenariat notamment avec des patrons de presse, des experts, des syndicats de journalistes et d’autres organisations. C’est ce qu’esquisse une note interne concernant une réflexion en cours qu’Intégrales s’est procurée ce 22 juin 2017. L’idée de RSF est de dessiner, en pleine période de crise autour des « fake news », une grande réflexion en commun sur le statut de l’information.

Le « FactChecking », pratique pernicieuse

Considérant la validation de l’information comme faisant partie intégrante du journalisme et insistant sur le fait qu’elle ne peut pas et ne doit pas en être séparée, l’ONG Reporters Sans Frontières estime que toute notion selon laquelle la «vérification des faits» pourrait être appliquée en tant que «complément» facultatif à un contenu contribuerait éventuellement à désintégrer et à dévaluer davantage le journalisme.

De surcroît, avec la prolifération de « fakes news » sur les plateformes web accessibles à tous, la vérification des faits est un puits sans fond, jugent les auteurs de la note, préférant, « au lieu de lutter contre ce qui est mauvais », « soutenir ce qui est bon et promouvoir un véritable journalisme. »

« L’étiquette «TJ» qui en résulte aurait pour but de servir de balise pour les utilisateurs des médias ainsi que pour les annonceurs afin d’identifier de manière positive les sources de contenu sur lesquelles ils pourraient compter.
La balise ‘TJ – True Journalism’ ne serait cependant pas attribuée à tel ou tel contenu en particulier (car cela nécessiterait encore un processus de validation » mentionne le document de travail.

Label semblable au régime de la norme ISO

Alors, comment serait attribué ce label ? Suite à une demande et après avoir passé une procédure normalisée selon des critères transparents, une station de diffusion, un journal ou un portail Web serait classé et approuvé comme «TJ» ou rejeté – semblable au régime de la norme ISO.

La note de travail de RSF esquisse trois critères :

– Responsabilisation: l’existence et l’exécution des mécanismes de plainte et de correction;
– Conformité: l’existence et l’application de normes professionnelles et éthiques;
– Transparence: disponibilité et validité des informations sur le modèle commercial, la propriété des bénéficiaires et le contrôle externe;

« Le respect des normes «TJ» dans tous ces trois domaines permettrait, par définition, de confirmer normativement l’indépendance d’un certain média qui se traduit par un environnement de travail professionnel et, éventuellement, un produit digne de confiance. », estime RSF.

RSF inviterait les médias sélectionnés, des experts, des syndicats de journalisme, diverses organisations et des patrons de presse à contribuer à une « étape de la consultation et du développement »*, ce qui « devrait permettre de discuter et de valider notre proposition ». RSF souhaite « élaborer ensemble** un ensemble de critères pour le processus de normalisation «TJ». »

« Vérité officielle »ou interrogation en commun sur le statut de l’information ?

Cette approche signifie qu’il n’y aurait pas de classement ou de liste noires, à l’instar de la première version du Decodex du Monde, qui indexait certains sites d’informations à l’instar de Valeurs Actuelles. Toutefois, une labellisation du journalisme ne va pas sans risque. Le pléonasme de « True Journalism » pourrait être reçu comme le retour d’une tentation de la vérité officielle. Or, ce n’est pas le projet de l’organisation Reporters sans Frontières.

Pour le journaliste Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ), organisation invitée à prendre part à la réflexion, c’est une « très mauvaise idée », car « Le combat contre la dissémination des « fake news » passe par l’éducation aux médias, par la promotion des conseils et codes de déontologie, et surtout par des conditions de travail décentes pour les journalistes, souvent soumis à un niveau d’intensification du travail qui les empêche de vérifier et de recouper les infos. »

Le journaliste Laurent Calixte estime au contraire qu’un flou entoure les contenus produits en ligne, et qu’il serait temps de donner de nets repères aux internautes : « De tous les produits de grande consommation, la presse en France et sans doute le produit qui comprend le plus de malfaçons (…) la création d’un label « journalisme » ou « presse » pourrait indiquer aux lecteurs qu’ils se trouvent en présence d’un site ou d’un média qui répond aux critères de qualité du journalisme : vérification de l’info, recoupements, correction, édition.« .

Après en avoir pris connaissance de ce papier daté du 22 juin (la direction de RSF n’avait pas été contactée ce jour-là par notre rédaction), Christophe Deloire, directeur général de Reporters Sans Frontières, est revenu sur ce  » document de travail concernant une réflexion en cours » pour attirer l’attention sur deux faits importants :

– * « nous sommes allés voir des syndicats de journalistes et toutes sortes d’organisations pour discuter de nos idées » ; RSF n’envisageant pas un partenariat exclusif avec les patrons de presse (« il est absolument faux que nous envisagions particulièrement un partenariat avec les « patrons de presse »)
– **  » la Fédération européenne des journalistes a pris la décision de participer à la réflexion que nous avons lancée ».
Contacté par Intégrales, un représentant de la FEJ affirme que la fédération européenne des journalistes a effectivement « accepté de participer à une réunion » qui, dit-il, « permettra d’en savoir plus sur les intentions de RSF« , ce qui constitue un mode de participation à la réflexion en cours.

Rappelons qu’il s’agit d’une note interne de travail et que le projet de « True Journalism » reste à l’état d’ébauche.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - aussi à la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...). SITE PERSO : claraschmelck.com

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