En Turquie, le journalisme est-il devenu un crime ?

Le jeune journaliste français Loup Bureau croupit depuis le 2 aout dans les geôles turques. Les autorités turques le soupçonnent d’activités « terroristes » en lien avec des combattants kurdes de Syrie. Reporters sans frontières ainsi que le comité de soutien du journaliste français détenu depuis un mois se sont rassemblés jeudi à Paris pour dénoncer une arrestation politique.

En 2016, deux reporters d’Intégrales avaient été inquiétés en Turquie. Trois semaines. Pour un reportage en Syrie. Pour une immersion auprès de différents groupes Kurdes. En 2017 il y a eu Mathias Depardon, journaliste français de 38 ans, arrêté et détenu en Turquie alors qu’il réalisait un sujet sur la région Sud-Est du pays, pour « National Geographic ».

L’arrestation de Loup Bureau, journaliste de 27 ans, marque un pas de plus dans la traque aux journalistes qu’opère sans relâche le régime d’Erdogan depuis le coup d’Etat manqué du 15 juillet 2016.

« Depuis que le journaliste français Loup Bureau a été arrêté en Turquie, le 26 juillet, son père, Loïc Bureau, n’a pu lui parler que deux fois au téléphone. Deux minutes la première fois, cinq minutes la seconde, pas une de plus. Il guette fébrilement le prochain coup de fil, qui devrait arriver « d’ici samedi ou dimanche », comme l’autorise la loi turque. », rapportent nos confères du Monde.

Loup Bureau avait été interpellé fin juillet au poste-frontière de Habur entre l’Irak et la Turquie, avant d’être incarcéré dans la ville de Sirna (sud-est de la Turquie). Les autorités turques l’ont fouillé et ont brandi des photos le montrant en compagnie de combattants kurdes syriens des YPG. Loup Bureau a réalisé il y a trois ans un reportage auprès des YPG dans le nord de la Syrie diffusé par TV5 Monde.Or, la Turquie considère les YPG comme une extension des séparatistes kurdes de Turquie (PKK), autrement dit comme des « terroristes ».

le 15 août, Emmanuel Macron avait fait part, par téléphone, de sa « préoccupation » à Recep Tayyip Erdogan. Un geste que certains jugent mou. Le comité de soutien à Loup Bureau, composé d’une quinzaine de personnes, interpelle les représentants politiques sur les réseaux sociaux, et a crée une page Facebook et lancé une pétition réclamant la libération du journaliste, qui a recueilli ce jour plus de 27 000 signatures.

Depuis deux ans, plus de cent soixante journalistes sont actuellement emprisonnés en Turquie. Le gouvernement Erdogan intensifie les licenciements dans la fonction publique (enseignement, armée, médias…), inquiète et incarcère les opposants (ONG, médias…).

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