APL : le mauvais coup de com de frère Emmanuel

Après s’être déguisé en astronaute, en pompier ou en joueur de football, le président de la République a endossé ce cinq septembre la bure de Frère Emmanuel.

Près de deux mois après avoir créé la polémique en annonçant une baisse de 5 euros de l’aide au logement, le président de la République a appelé « publiquement » mardi 5 septembre « tous les propriétaires à baisser les loyers de 5 euros » par mois, lors d’un discours devant les préfets à l’Elysée. Le président de la République s’est dit « surpris du silence collectif » et de l’absence d’appel « aux bailleurs sociaux, aux propriétaires à baisser le prix du logement ». « C’est cela la responsabilité collective », a-t-il dit.Le tout-Twitter doute qu’Emmanuel Macron ait l’étoffe d’un homme préoccupé par le quotidien des mal-logés en France.

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De plus, il est étonnant que le président d’une démocratie libérale interfère aussi explicitement sur des décisions privées.

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Croit-il en toute bonne foi avoir quelque influence sur une décision qui appartient aux propriétaires de biens immobiliers ?
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En priant les propriétaires au lieu de les obliger, Macron risque cette réponse en retour :
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Privilèges

Outre l’efficacité zéro du mot du président, le signal que vient d’envoyer Emmanuel Macron a de quoi inquiéter ; non pas les propriétaires, mais les locataires pour qui l’apport de 5 euros dans le trousseau d’aide au logement dont ils sont bénéficiaires a une incidence sur le budget quotidien. En effet, le président de la République suggère à ceux qui détiennent les biens de bien vouloir faire un geste, alors qu’il impose par la loi aux locataires de se passer de 5 euros par mois.

Autrement dit, Macron valide l’idée que le gouvernement soumet les « pauvres » à une mesure et prie les « riches » de bien vouloir consentir à un geste de Grand Seigneur. Les deux catégories de populations, antagonisées, ne sont donc pas traités également dans le discours du président de la République : aux uns, l’obligation légale, aux autres, les préconisations.On contraint les pauvres, on prie les riches. Cette différence de traitement constitue ni plus ni moins un retour aux privilèges. Bref, en cette rentrée qui s’annonce tendue sur le plan social, il n’y avait pas plus mauvais coup de communication.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - aussi à la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...). SITE PERSO : claraschmelck.com

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