Pourquoi Gilles Pélisson juge utile une « taxe GAFA »

Porté par le ministre français des Finances Bruno Le Maire, le projet de taxation des GAFA sur leurs chiffres d’affaires généré dans chaque payas européen et non plus uniquement sur leurs bénéfices est désormais également soutenu par l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne,l’Autriche et la Bulgarie, la Slovénie et la Grèce.

Invité mardi 26 septembre par l’Association des Journalistes Médias (AJM), Gilles Pélisson, le président du groupe audiovisuel français TF1, a évoqué, entre autres sujets, l’impact sur les groupes audiovisuels du flou fiscal dont bénéficient les GAFA au sein de l’UE.

Considérant l’échelle internationale, le président de TF1 a souligné le fait que l’arrivée des acteurs que sont Youtube, Facebook, et surtout Snapachat dans l’économie de l’audiovisuel posait la question du partage de la valeur avec les groupes de télévision. Puis, il a développé son raisonnement à échelle de la France, en vue de démontrer que le manque à gagner imputable à la non-taxation des CA des GAFA poussait le groupe audiovisuel public France Télévisions à continuer de compléter ses rentrées financières par la publicité, se plaçant ainsi sur le terrain des groupes audiovisuels privés.

L’instauration d’une future taxe sur les GAFA permettrait de faire de France Télévisions « un groupe totalement financé par le public« (et non partiellement par la publicité), a expliqué Gilles Pélisson aux journalistes de l’AJM. Le président du groupe TF1 entrevoit en effet la possibilité que la taxation sur les GAFA compense la suppression éventuelle des 300 millions d’euros de publicité que dégage la régie publicitaire de France Télévisions. Il a suggéré en outre que les recettes dégagées par ce nouvel impôt permettraient d’éviter un retour de la publicité après 20h00 sur les chaînes du service public, ce retour probable n’étant pas souhaitable pour un groupe concurrent comme TF1.

« On a ces plateformes qui sont extrêmement présentes, qui captent une grande partie des budgets publicitaires, et qui pourraient financer un certain nombre de choses. S’il y a un impôt on peut très bien imaginer que cet impôt revienne de facto à notre service public« , a poursuivi Gilles Pélisson.

Gilles Pélisson a abondé en ce sens, rappellant qu’un budget de 2,8 milliards d’euros est alloué par l’Etat pour six chaînes du groupe public France Télévisions, ce qui représente « davantage que le budget de tous les opérateurs privés« .

Reste à convaincre des Etats membres de l’UE tels que l’Irlande, les Pays-Bas, Malte ou Chypre… qui n’ont aucun intérêt à faire payer des impôts plus élevés au niveau européen pour Google, Apple, Facebook ou Amazon, étant donné que ces sociétés sont basées sur leur territoire.

L’audiovisuel français paye cher le morcellement européen en matière de politique fiscale appliquée aux géants américains de l’industrie numérique. Jusqu’à quand ?

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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