Pour l’AFP, Abdulmonam Eassa chronique ses jours d’horreur à la Ghouta

Depuis le 18 février 2018, les forces du régime syrien ont intensifié la cadence de leurs bombardements sur une partie de la Ghouta orientale, une enclave rebelle qui comptait avant cette date environ 400.000 habitants, et qui depuis 2012 est tenue par des groupes principalement islamistes et jihadistes. Un journaliste local travaillant auprès de l’AFP témoigne.

Au 5 mars, le bilan de cette campagne de bombardements s’élevait à plus de 740 civils tués, dont au moins 170 enfants, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme et l’AFP.  » Elle a servi de préparation à un assaut en cours sur l’enclave, qui se trouve à portée de mortier de la capitale syrienne. », précise l’Agence France Presse sur son site.

Abdulmonam Eassa, un photographe local qui chronique pour l’AFP, raconte quelques unes de ces journées, telles qu’il les a vécues.

Procès en sensationnalisme

Montrer les images de la guerre en Syrie est une « mission » et un « devoir », juge Christian Chaise, directeur régional de l’AFP pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Il répondait, dans une tribune publiée sur les sites de l’AFP et de L’Express, au choix de la rédaction du « Média » de ne pas diffuser les images du drame humanitaire qui se joue dans la région de la Ghouta orientale, en Syrie.

« Nous ne sommes pas là pour faire du sensationnalisme ou de l’info-fiction, et rapporter les événements tels que nous voulons qu’ils aient lieu », avait jeté lors du JT du 23 février Claude El Khal, correspondant du Media, plateforme alternative d’informations fondée par deux proches de Jean-Luc Mélenchon.

Sur son compte Twitter, Le Média écrivait, sans s’encombrer de nuances : « De chaque côté, la grande majorité des grands médias ne parlent jamais d’une partie des victimes. Il y a deux versions différentes qui sont racontées, pro- ou anti-Bachar. Aucune image n’est vérifiée. »

Or, il est inexact de dire que les médias publient sans vérifier. Les sources d’information ne se réduisent pas à l’Observatoire syrien des droits de l’homme et à l’agence de presse officielle Sana, comme l’asserte pourtant Claude El Khal. Par téléphone, Whatsapp ou Skype, les journalistes basés hors de la Ghouta orientale recueillent des témoignages d’habitants et prennent soin de les recouper. Ils se tournent en outre vers les communiqués du Réseau syrien des droits de l’homme, des ONG internationales comme MSF, des «casques blancs» et des médias locaux.

Information et idéologie

Cette prise de position, alors que plus de 560 civils sont morts en 10 jours dans cette région à l’est de Damas, ne relève t-elle pas plutôt de l’idéologie que de la volonté d’informer ?

La démarche d’information obéit à une seule finalité fixée a priori des événements : montrer ce dont on est témoin en étant certain de pouvoir prouver que ces événements ont eu lieu.

A contrario, la lecture idéologique des événements isole les séquences , cache ou montre en fonction de finalités externes aux événements et qui sont d’ordre politique : rééquilibrer les méfaits pour donner l’impression que les torts sont répartis de chaque côté des forces en présence. Ce souhait de « dosage » est politique et ne relève pas de l’information, qui elle, n’a qu’un seule question à se poser : « que puis-je monter que j’ai pu prouver? »

Intégrales ne reproduit pas les images, non pas parce-que ces images seraient sensationalistes, procès fait à tout travail d’investigation qui dérange, mais parce-que ces images sont protégées par des droits réservés, droits qui protègent aussi les journalistes reporters d’images.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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