Le théâtre de la francophonie sur l’échafaud ?


Le Tarmac, scène de toutes les francophonies, est menacé de fermeture par le ministère de la Culture, qui a publié le 31 janvier un communiqué de presse annonçant la fin du projet actuel. Soirée de mobilisation, pétition sur Change.org, entretiens dans la presse culturelle : artistes et personnalités se mobilisent pour sauver un théâtre qui défend sa mission culturelle depuis plus de trente ans.

Créé en 1985 et installé depuis six ans au 159, avenue Gambetta (XXe), Le Tarmac est la « scène internationale francophone » de Paris. Son équipe, composée de 14 permanents, devra t-t-elle faire ses bagages ? La ministre de la Culture a annoncé sans beaucoup plus de précision que Le Tarmac, scène de la francophonie, devrait libérer en 2019 le site de l’avenue Gambetta (XXe), propriété de l’Etat. Objectif affiché : accueillir à cette place le centre national « Théâtre Ouvert », poussé au déménagement de ses locaux de Pigalle (XVIIIe). Objectif plus probable : réaliser des économies en cessant de subventionner le Tarmac à hauteur de 60 000 euros par an selon nos sources.

Cinquante artistes et intellectuels du monde de la culture ont décidé de se mobiliser pour défendre cette maison des artistes. Une soirée de mobilisation s’est tenue lundi 12 février au théâtre, rassemblant plus de 500 personnes ainsi que des personnalités : Christiane Taubira, George Pau-Langevin, Dany Laferrière de l’Académie française, Hassane Kassi Kouyaté, Felwine Sarr… « De nombreux témoignages et messages nous ont également été envoyées, notamment de Serge Aimé Coulibaly, Boualem Sansal, Marguerite Abouet, Achille Mbembé, Jean-Luc Raharimanana, Dieudonné Niangouna, Gaël Faye, Dave St-Pierre… », témoigne l’équipe du Tarmac.

Les créateurs francophones au pilori

Dans la lettre adressée à l’Elysée, les signataires dénoncent clairement une attitude méprisante de la part du ministère de la Culture :

« Alors que nous espérons une nouvelle impulsion, nous pourrions être victimes d’une politique de l’ancien monde, à bout de souffle, qui cloue les créateurs francophones au pilori, qui bafoue les publics, qui ignore superbement le travail quotidien mené avec le monde éducatif et associatif. »

Les signataires tentent d’attirer l’attention du président sur l’identité du lieu et sur son impact positif pour l’environnement culturel français actuel :

« Vous le savez, Monsieur le Président, le Tarmac est un lieu très identifié, la maison reconnue et familière des artistes francophones. C’est l’un des plus grands réseaux sur la scène internationale, qui entretient des échanges constants avec des écrivains, intellectuels, interprètes, chorégraphes, metteurs en scène des quatre coins du monde, de Brazzaville au Caire, de Ouagadougou à Beyrouth, en passant par Montréal ou Marrakech. »

Les acteurs culturels qui ont signé la lettre estiment que le Tarmac a un rôle à jouer dans la lutte contre la montée des idéologies et comportements extrémistes en France, et demandent à Macron de prendre ses responsabilités :

« Vous ne pouvez, Monsieur le Président, en faire table rase au moment même où tout milite à porter haut les valeurs humanistes de la France. La mission de ce théâtre mérite d’être défendue avec d’autant plus de vigueur aujourd’hui que les idéologies extrémistes et xénophobes se font légion. »

Parmi les auteurs de cette lettre, figurent notamment le metteur en scène égyptien Ahmed El Attar, l’écrivain Gaël Faye, Alain Mabanckou écrivain, prix Renaudot 2006 / Professeur titulaire de littérature francophone à UCLA (université de Californie à Los Angeles), ou encore Achille Mbembe, philosophe / auteur de « Critique de la Raison nègre » / professeur à l’université de Witwatersrand à Johannesburg.

Le Tarmac, où travaillent 14 permanents, a accueilli plus de 15 700 personnes l’an dernier, soit un taux de fréquentation moyenne de 74 %. Doté d’un budget de 2,1 M€, le Tarmac a vu passer près de mille artistes issus d’une quarantaine de pays depuis 2012.

Signer la pétition sur Change : « Défendons le Tarmac ».

Lire, à écouter :

>L’interview de Valérie Baran et de Hakim Bah sur RFI, dans l’émission Danse des mots du 1er février 2018.
> Tribune d’Alain Mabanckou et d’Achille Mbembé, « Le Français, notre bien commun ?« , L’Obs (12/02/2018)
> « Fermeture du Tarmac : et la francophonie chancelle encore« , Le Point Afrique (13/02/2018)

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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