Coupe du monde en Russie : médias vs pouvoir, un match à huis-clos

A la veille de l’ouverture de la Coupe du monde de football en Russie, Reporters sans frontières (RSF) lance une campagne de mobilisation pour dénoncer « l’emprise toujours plus forte du Kremlin sur le journalisme russe et saluer le combat de ceux qui y résistent. »

La Russie occupe la 148e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse, publié par RSF en 2018. Reporters sans frontières (RSF) a lancé une campagne de communication à la veille de l’ouverture de la Coupe du monde de football 2018 en Russie. Reprenant les codes de l’univers du football, RSF a installé un faux terrain de football et diffuse des vignettes de collection avec les figures grandeur nature des journalistes détenus, parmi lesquels Alexandre Sokolov et Igor Roudnikov. « Jamais autant de journalistes, salariés ou blogueurs, n’ont été emprisonnés dans le pays depuis la chute de l’URSS en 1991. », signale l’ONG.

La campagne sera poursuivie avec d’autres visuels dans les semaines qui viennent, afin d’éviter que le plus grand événement médiatique de l’année ne serve la propagande du système Poutine en camouflant la réduction toujours plus drastique du pluralisme journalistique dans ce pays.
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Matchs à huit-clos

« La ferveur populaire que suscite la Coupe du monde de football ne doit pas faire oublier l’autre match, déséquilibré, qui oppose le pouvoir aux médias indépendants en Russie, a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, lors du point presse. « Pour éviter que le plus grand événement médiatique de l’année ne se réduise à un décor Potemkine, nous mettons à l’honneur les visages de ces journalistes qui incarnent la résistance à la mainmise du Kremlin sur les médias. », insiste le secrétaire général de RSF.

Poursuivant la métaphore, RSF note : « Dès qu’un média indépendant parvient à atteindre le grand public, il est brutalement renvoyé sur le banc de touche. Ceux qui infligent des tacles par derrière aux reporters, en revanche, ne reçoivent que rarement des cartons rouges : des violences policières aux assassinats, l’impunité est la règle. », faits à l’appui : « au moins 34 journalistes ont été tués du fait de leurs activités depuis l’accession de Vladimir Poutine au pouvoir en 1999. Dans la grande majorité des cas, les enquêtes ne donnent rien et les commanditaires ne sont jamais identifiés. »

En Tchétchénie ou en Crimée, annexée en 2014, les autorités jouent leurs matchs “à huis-clos”.

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