Mbappe, la valeur du rêve

Thierry Henry a félicité Kylian Mbappé à l’issue de la rencontre France/Belgique qui se tenait à Saint Petersbourg.

Enfant, Mbappe, poussin de Bondy (93), avait rencontré le joueur de la sélection française. Une photographie et une vidéo de Thierry Henri lançant, dans les yeux du petit Kylian « c’est la relève, ça ! » fait le tour de l’Internet.

Vingt ans plus tard, Robert Pirès, champion du monde en 1998, confie au Parisien : « C’est fou comme il ressemble à Thierry Henry. Titi a commencé à gauche avant de se recentrer à Arsenal. Kylian opère à droite, mais il se fixera, lui aussi, dans l’axe. C’est vraiment difficile de les départager. Au niveau des dribbles, de la vitesse ou de l’efficacité dans le dernier geste, ils sont pareils. »

Le rêve qui se forme dans l’imagination, la transmission d’un médiateur qui se fait adjuvant dans la quête de ce rêve , l’effort (il faut vingt ans pour y arriver), l’accomplissement et l’onction accordée par toute la communauté des Français.

Le récit du parcours de l’attaquant Kylian Mbappe correspond à une manière très française de récit du « rêve accompli ». Le parcours de Kylian Mbappe, tel qu’il est narré dans la presse aussi bien que par des « fans » sur Twitter, obéit à cette narratologie en quatre temps : rêve, présence d’un tiers qui permet la bascule entre imagination et réalité, effort, accomplissement qui se mesure par l’effectuation d’actes unanimement considérés à la fois comme spectaculaires et salvateurs.

On notera que cette vision de l’accomplissement personnel induit que la réussite individuelle n’existe que par un acte de « salut » collectif; dans le cas de Mbappe, un jeu et des buts qui contribuent à emmener le groupe français en finale de la coupe du monde.

On notera en outre que ce récit de la chronologique de l’accomplissement place l’effort après le moment de la reconnaissance : l’effort qu’entreprent un enfant n’a de sens et de valeur que si cet enfant a été préalablement reconnu comme doué par une tierce personne pertinente (la photo maintes fois retweetee montre Thierry Henry). Le génie et le travail ne s’opposent pas, comme dans le mythe du génie paresseux insolemment chanceux.

Mais l’exercice, les détours les déceptions et les erreurs ne sont positives qu’à condition d’une reconnaissance préalable de la personne qui se risque à l’ingratitude de l’effort.

‪L’enfant qui rêve, qui déborde le terrain du présent et prononce « plus tard, je », est le plus réaliste de tous parce qu’il a conscience du temps que demandent tous les efforts et les détours contraints pour arriver à destination.

Neanmoins, l’enfant qui rêve a l’obligation de s’accomplir au bénéfice du plus grand nombre. Car on en voudrait a celui qui rêve en vain.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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