Le George Orwell peu ordinaire de Kévin Victoire

– SPÉCIAL RENTRÉE 2018
Les livres à glisser dans le cartable des professeurs –

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Novlangue start-up nation et 1984 à l’écran obligent, Orwell est au goût du jour. On

Orwell a développé une réelle pensée politique, non systémique, mais néanmoins construite. Le philosophe Kévin Boucaud-Victoire publie un livre qui interroge l’audience dont bénéficie aujourd’hui l’auteur de 1984. George Orwell, écrivain des gens ordinaires* est davantage une explication de texte politique qu’une biographie.

À partir de 1935, la question de la « décence commune » apparaît souvent sous la plume de George Orwell lorsqu’il évoque le peuple anglais, opposant les ‘intellectuels’ aux ‘gens du commun’ : George Orwell, lui, croyait à l’existence d’un sens moral inné chez les gens ordinaires, une « common decency » ou « honnêteté des mœurs ». Un populisme moralisateur pour petits-bourgeois, cracheront ses adversaires.

Ceux-là sont peut-être les «élites» que décrit Christopher Lasch, dans son livre-testament (paru de manière posthume en 1995), La révolte des élites et la trahison de la démocratie : que «les personnes qui se situent dans les 20 % supérieurs en termes de revenus», qui «contrôlent les flux internationaux d’argent et d’informations», «se définissent moins par leur idéologie que par leur mode de vie, qui les distingue, d’une manière de moins en moins équivoque, du reste de la population». Selon lui, ils n’acceptent plus «aucune des obligations que la citoyenneté dans une forme de cité sous-entend normalement», se sont «retirés de la vie commune et ne veulent plus payer pour ce qu’ils ont cessé d’utiliser».

En 2018, les élites intellectuelles, politiques et économiques sont globalement délibérément déconnectées du peuple. On observe une sécession croissante d’un ordre social qui s’auto-intitule «élite».

Alors, faut-il se tourner vers des formations politiques de sensibilité populiste pour encourager une meilleure considération des gens ordinaires dans l’agenda des gouvernements européens ?

«Mais pour qu’il ait une chance de ne pas être juste un mouvement qui flatte les bas instincts populaires, il doit s’appuyer sur l’amour des classes populaires et l’empathie vis-à-vis de ce qu’elles vivent.» , prévient Kévin Boucaud-Victoire.

*George Orwell, écrivain des gens ordinaires, de Kévin Boucaud-Victoire, éd. Vraiment alternatifs, 96 p., 15 €. 

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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